121- Robert des noms propres

121- Robert des noms propres
Robert des noms propres narre le destin de Plectrude, une petite fille au prénom aussi étrange qu'elle, née dans des circonstances dramatiques (sa mère ayant tué son père et accouché en prison avant de se suicider). Elle se voit confiée à sa tante, Clémence, qui aussitôt lui voue un amour obsessionnel et décide d'en faire un petit rat de l'opéra, un rêve qu'elle-même n'a pu réaliser.
Plectrude est pour le moins une petite fille singulière : charisme décalé, résultats scolaires médiocres mais talent inouï de danseuse, elle parvient à passer du statut de simplette à celui de génie, sans effort particulier. Par la suite, elle intègre une école de danse classique... et c'est le début d'une lente chute en Enfer.

[Prière de ne pas taper trop fort...]
Amélie Nothomb est l'une des romancières les plus célèbres de la littérature contemporaine.
Personnellement (ce que je vais dire est tellement subjectif que, comme je le fais parfois, je préfère laisser tomber les formalités...), j'ai du mal à comprendre pourquoi. J'ai surtout vu en Robert des noms propres un roman rapidement déballé, où le développement est tellement absent qu'on pourrait le confondre avec un résumé. Apparemment, elle a essayé de reproduire un esprit de quotidien, mais c'est tellement tordu que c'est difficile d'y croire (et le pire c'est de penser que Plectrude est une personne bien réelle !)... Ce n'est pas inintéressant, il y a même des passages prêtant à sourire (je n'irais pas jusqu'à les appeler « drôles»), mais pour le reste le texte n'a rien d'exceptionnel. Les phrases sont assez simplistes, sans tournures travaillées ni vocabulaire recherché, et ne servent même pas un rythme à suspens. Quant à la subtilité, elle est absente : Amélie Nothomb est du genre à décrire plutôt qu'à montrer, contrairement à Xiao Hong, évoquée un peu plus bas. Les personnages eux-mêmes sont tous très ordinaires, même effacés, en dehors de Plectrude. Certains thèmes comme l'anorexie auraient pu servir le roman pour peu d'être exploités un minimum, mais ce n'est pas le cas du tout.
Bref, je me suis ennuyée en lisant. Evidemment, là comme partout, ça ne tient qu'à moi.

Extrait

Ce n'était pas exprès qu'elle répondait des énormités aux questions des professeurs : son seul choix était de ne plus se contrôler. Désormais, elle se laisserait aller, elle dirait ce que sa pente intérieure de cancre lui dicterait, ni plus ni moins. Le but n'était pas d'attirer l'attention (même si, pour être sincère, cela ne lui déplaisait pas) mais d'être rejetée, renvoyée, expulsée comme le corps étranger qu'elle était.
Le reste de la classe l'entendait proférer des monstruosités géographiques (« le Nil prend sa source dans la mer Méditerranée et ne se jette nulle part »), géométriques (« l'angle droit bout à quatre-vingt-dix degrés »), orthographiques (« le participe passé s'accorde avec les femmes sauf quand il y a un homme dans le groupe »), historique (« Louis XIV devint protestant quand il épousa Edith de Nantes ») et biologique (« le chat a les yeux nubiles et les griffes nyctalopes ») avec admiration.
Admiration du reste partagée par la fillette elle-même. En effet, ce n'était pas sans un étonnement extatique qu'elle s'entendait dire de telles bourdes : elle n'en revenait pas de contenir tant de perles surréalistes et prenait conscience de l'infini qui était en elle.


Robert des noms propres
Amélie Nothomb
Albin Michel
Extrait pp. 99-100

.......................................... Robert ................................................


Sur ce, je vais maintenant vous dévoiler la vraie raison pour laquelle j'ai eu envie de lire ce livre, et par la même occasion rétablir une vérité fort injustement ignorée. Robert des noms propres d'Amélie Nothomb est en fait une fiction directement inspirée de la vie de Robert, artiste indépendante ayant derrière elle une carrière longue de déjà dix-sept années.

Alors qu'elle rêvait de devenir danseuse, Robert a vu son rêvé brisé à cause d'un problème articulaire aux pieds. Devenue comédienne, elle décide de se consacrer à la chanson en 1989, avec l'appui de son époux Mathieu Saladin, un parolier de génie. A la fois auteur est compositeur, Robert est une chanteuse à la voix naturellement cristalline, qu'elle ne force jamais. Ses textes évoluent dans un univers à la fois poétique et tragique, parfois absurde, où l'amour est souvent étroitement lié à la mort et l'enfance à la douleur. Elle évoque aussi fréquemment les contes de fées, souvent avec une connotation métaphorique.
Robert est également une très proche amie d'Amélie Nothomb, avec qui elle a correspondu quotidiennement par fax durant plus de deux ans. Robert ayant confié sa vie à Amélie pour Robert des noms propres, celle-ci lui a prêté sa plume pour plusieurs chansons et a cosigné avec elle son troisième album, Celle qui tue, sans doute le meilleur mais aussi le plus sombre, un véritable ovni dans le paysage musical français.
Artiste peu médiatisée, Robert remporte un succès d'estime en France, en Belgique et surtout au Japon.

Un certain nombre de ses chansons peuvent être comprises grâce à Robert des noms propres, notamment Pour moi (l'amour adolescent de Robert pour Mathieu Saladin), le chant des sirènes (sa reconversion de danseuse en chanteuse, adressée à sa mère), Maman (également adressée à sa mère, cette chanson évoque la beauté physique et le rejet), ou encore Requiem pour une s½ur perdue (relative à la fin du roman, chanson dans laquelle Amélie Nothomb cite son propre nom).
Les liens que j'ai mis renvoient aux paroles des chansons en question.

Liste de ses albums
Sine (1993)
Princesse de rien (1997)
Celle qui tue (2002)
Unutma (n'oublie pas) (2004)
Six pieds sous terre (2005)
Princess of nowhere (2007)

Quelques liens pour l'écouter...
Colchique, mon amour [clip] (une chanson que j'admire beaucoup car elle parle du sida...)
Celle qui tue [live]
Le prince bleu [clip, duo avec Majandra Delfino]
Six pieds sous terre [clip réalisé par un fan]
Nature morte [clip réalisé par un fan]
Princesse de rien [clip]

Voici l'adresse d'un blog qui vous permettra d'admirer d'autres vidéos :
http://princesse-robert.skyrock.com

# Posté le jeudi 06 décembre 2007 11:15

Modifié le samedi 08 décembre 2007 15:43

120- Foisonnement dans l'air

120- Foisonnement dans l'air
Dix petites histoires aux portes d'un monde exigu.
Dix petites histoires chargées de mines de plomb.
Dix petites histoires aux personnages en pâte à modeler.
Dix petites histoires hors saison et sans remonte-pente.
Dix petites histoires pour garder les yeux bien ouverts.
Dix petites histoires sans entracte mais avec cornet surprise.
Dix petites histoires aux mots sans gravité mais à surveiller.
Dix petites histoires pour endormir les cauchemars.
Dix petites histoires aux acides anémiques.
Dix petites histoires ciselées dans la réalité

(Présentation éditeur)

Foisonnement dans l'air est un recueil de nouvelles difficile à définir. Elles se déroulent dans un monde décalé, ironique, et se rapprochent du théâtre de l'absurde. Elles n'ont ni début ni fin, et aucune logique. Honnêtement, je vais faire bref parce que je n'ai pas l'habitude de ce type d'ouvrages et que je ne sais pas trop qu'en penser : je n'y vois aucun intérêt. Je ne dis pas que c'est dépourvu de talent car certainement il faut avoir le c½ur bien accroché pour pondre des textes comme ça, mais je n'y ai rien vu de particulièrement bon, pas même au niveau de l'écriture ou de l'ambiance comme c'est le cas pour Nicolas Ancion (Ciel bleu trop bleu, n°101).
Ça ne me marquera vraiment pas... (Si par hasard vous l'avez lu et aimé, n'hésitez pas à expliquer votre point de vue ! Merci d'avance)

Extrait

- C'est la troisième fois cette semaine !
Une minuscule dame aux cheveux bouclés poivre et sel pliée sur les légumes en sauce, palpait son dos avec des doigts fébriles. Rouge de rage, elle s'emportait avec un délicieux accent chantant :
- Et chaque fois au même endroit !
Un poignard était fiché entre ses omoplates. Elle le retira d'un geste franc.
- Regardez-moi ça, si c'est pas de la malchance. Trois fois poignardée et au même endroit. En seulement une semaine !
Le poignard passa de main en main. Chacun put apprécier la finesse de la lame.
- Vous n'avez pas mal ?
- Tu penses, ma mignonne, on s'habitue !
- Dans le dos, en plus, quelle lâcheté !
L'homme à la droiture respectable s'approcha de la dame pour lui faire part de ses doutes :
- Vous êtes sûre que c'est de la malchance ? Il n'y a pas quelqu'un qui vous en voudrait ? Réfléchissez bien !
- M'en vouloir ? Mais de quoi mignon ? J'ai le c½ur sur la main.
Tous fixèrent cette menotte ratatinée. Elle était vide.


Foisonnement dans l'air
Marie-Jeanne Urech
L'aire
Extrait pp. 83-84, tiré de la nouvelle intitulée Metropa (pour les enfants privés de dessert)
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# Posté le jeudi 06 décembre 2007 11:02

Modifié le vendredi 04 janvier 2008 16:57

119- Le joueur d'échecs

119- Le joueur d'échecs
NOTE : La couverture ci-contre est celle des éditions Le livre de poche. Ce n'est pas la version que j'ai moi-même lue.

L'action du joueur d'échecs prend place sur un bateau. C'est là que le narrateur a l'occasion de rencontrer le champion mondial Czentovic, un homme particulièrement suffisant. Par la ruse, et aidé d'un compagnon têtu n'aimant pas la défaite, il parvient à obtenir une partie simultanée de tous les joueurs contre lui. Au cours du match intervient un joueur mystérieux, fascinant... Qui est-il ? Eberlués par ses prouesses, les spectateurs lui demandent de jouer une autre partie contre le champion, mais seul...

Intrigue simple en apparence pour un roman qui ne l'est pas. Stefan Zweig se penche sur les destinées uniques de deux hommes bien différents l'un de l'autre : le premier est Czentovic, à l'origine un petit garçon simple d'esprit qui finit par se distinguer en tant que champion d'échecs, et le second est monsieur B. à qui les échecs permirent de supporter les tortues nazies, mais non sans l'entraîner dans une dangereuse schizophrénie. Après avoir découvert avec fascination leurs deux histoires, le lecteur assiste avec la même fébrilité que le narrateur au match opposant ces deux monstres, l'invaincu et le fou, un match que l'auteur a majestueusement et savamment orchestré, tout en rendant aux échecs un hommage à la hauteur de leur prestance.
Il n'y a pas grand-chose à dire sur Stefan Zweig, sinon qu'il tend à insister sur ses sujets mais cela entretient le suspens et les met en valeur. Les deux personnages mis en scène sont des cas sociaux, mais pour cette raison même sont loin d'être dénués d'intérêt puisqu'on aborde le sujet délicat de la folie humaine, d'une façon assez surréaliste cependant, il faut l'avouer.
C'est un livre très sympa à lire, et vu sa longueur on y passe peu de temps, on peut le regretter mais dans tous les cas, il n'y a pas de vraie raison de s'en priver si on le rencontre !

Extrait

Mais n'est-ce pas déjà le limiter injurieusement que de l'appeler un jeu ? N'est-ce pas aussi une science, un art, ou quelque chose qui est suspendu entre l'un et l'autre, comme le cercueil de Mahomet entre ciel et terre ? L'origine du jeu d'échecs se perd dans la nuit des temps, et cependant il est toujours nouveau ; sa marche est mécanique, mais elle n'a de résultat que grâce à l'imagination du joueur ; il est étroitement limité dans un espace géométrique fixe, et pourtant ses combinaisons sont illimitées. Il poursuit un développement continuel, mais il reste stérile. C'est une pensée qui ne mène à rien, une mathématique qui n'établit rien, un art qui ne laisse pas d'½uvre, une architecture sans matière ; et il a prouvé néanmoins qu'il était plus durable à sa manière que les livres ou que tout autre monument, ce jeu unique qui appartient à tous les peuples et à tous les temps, et dont personne ne sait quel dieu en fit don à la terre pour tuer l'ennui, pour aiguiser l'esprit et stimuler l'âme. Où commence-t-il, où finit-il ? Un enfant peut en apprendre les règles, un ignorant s'y essayer et y acquérir une maîtrise d'un genre unique, s'il a reçu ce don spécial. La patience et la technique s'y joignent à une vue pénétrante des choses, pour faire des trouvailles comme en fait en mathématiques, en poésie, en musique.

Le joueur d'échecs
Stefan Zweig
A vue d'oeil
Extrait pp. 22-23

# Posté le jeudi 06 décembre 2007 10:58

118- Des âmes simples

118- Des âmes simples
Xiao Hong, née en Mandchourie au début du vingtième siècle, est une auteur chinoise qui couche avec délicatesse des recueils inspirés de son temps. Et quel temps ! La Chine d'alors est tellement différente du monde que nous connaissons, que sa vie est on ne peut plus propice à la réalisation d'ouvrages d'une sensibilité à fleur de peau.
Dans des âmes simples, elle raconte trois histoires qui s'attachent à des personnages peu marquants, lambda, mais qui sont les héros d'une brève rencontre : une jeune paysanne que les autres excluent du monde du savoir dans les mains, une servante espérant le retour de son bien-aimé dans un souffle d'espoir, enfin l'histoire racontée à autrui d'une épouse pleurant un mari déserteur dans la femme du soldat.

La première est sans conteste celle qui m'a personnellement le plus séduite. La narratrice semble être Xiao, élève dans la même école que Wang Yaming. Cette dernière se distingue des autres par ses origines pauvres et ses mains noircies par les teintures ; mise au ban d'une société qui n'accepte pas la différence, elle doit à la fois faire face aux brimades de ses camarades et à ses propres difficultés scolaires. Un récit qui sonne juste, qui s'attache à ces détails exprimant pleinement l'ambiguïté des sentiments humains.
Les deux autres nouvelles m'ont parues plus classiques, prenant place durant la guerre qui opposa la Mandchourie au Japon, mais l'écriture garde toujours cette sensibilité dont sont souvent pourvus les romans asiatiques.
Ce petit livre ne me marquera pas mais ce fut une incursion intéressante dans le quotidien d'un autre temps et d'un autre monde.

Extrait

Les soirs d'hivers, nous devions regagner nos dortoirs dans une neige épaisse comme un matelas. Nous avancions, tête baissée, entre les monticules de neige qui encombraient le chemin. Quand le vent se mettait à souffler, il fallait marcher à reculons dans les rafales. Et, au petit matin, nous devions quitter les dortoirs et refaire le trajet en sens inverse, si bien qu'en décembre nous ne sentions plus nos pieds : ils étaient gelés, même si nous courions. Ce qui provoquait plaintes et récriminations. Et bien des élèves maudissaient la directrice, la traitant de harpie pour avoir placé les dortoirs si loin des classes, nous obligeant à sortir alors qu'il faisait encore nuit.
Parfois, quand je me promenais toute seule, je rencontrais Wang Yaming. Le ciel et la neige étincelaient à perte de vue. Sous la lune, nos ombres s'étiraient à nos pieds. Personne dans les rues. Les arbres alignés craquaient dans la brise. Les vitres soupiraient sous les soufflets de neige. Nos voix résonnaient, sèches, cassantes, dans l'air glacé – la température tombait bien au-dessous de zéro – jusqu'à ce que nos lèvres s'engourdissent complètement. Alors nous restions silencieuses. On n'entendait plus que le crissement ouaté de la neige sous nos pas.


Des âmes simples
Xiao Hong
Arléa
Extrait pp. 36-37
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# Posté le jeudi 06 décembre 2007 10:53

117- Alex Rider - Snakehead *

117- Alex Rider - Snakehead *
Après les événements d'Arkange, Alex Rider se retrouve aux larges des côtes australiennes. Une fois revenu sur la terre ferme, le garçon espère pouvoir enfin prendre un repos bien mérité, mais c'est évidemment sans compter sur les services secrets nationaux, à qui il est bien égal qu'Alex souhaite tirer un trait sur l'espionnage. Ils possèdent, il faut bien l'avouer, un argument de taille : la présence à leurs côtés d'Ash, le parrain d'Alex, le meilleur ami de son père, et la dernière personne à avoir vu le couple vivant. Appâté par la perspective d'en découvrir davantage sur son passé, Alex accepte la mission.
Une mission comme toujours anodine en apparence... mais qui ne tarde pas à tourner mal. Accompagné d'un homme qu'il découvre taciturne et blessé, peu enclin aux confidences, Alex déguisé en réfugié afghan gagne la Thaïlande et entame un périlleux voyage de retour.

Après la CIA, c'est au tour de l'ASIS de solliciter les services du jeune espion. Anthony Horowitz n'en finit pas de trouver des pirouettes pour justifier chacune de ses nouvelles missions, mais ses prétextes, malgré leur côté classique, sonnent plutôt justes.
Ce tome, dont les tenants et les aboutissants de l'intrigue demeurent longtemps obscurs, est globalement construit comme les autres : diverses aventures plus ou moins épiques en parsèment la continuité et transforment l'histoire en un véritable graphique où la tension ne cesse de monter, puis de redescendre afin de laisser au lecteur un minimum de répit pour souffler, avant d'enchaîner avec un nouveau suspens. On peut reprocher une certaine lenteur au démarrage, surtout parce que l'auteur prend le temps de présenter les futurs employeurs et les futurs adversaires de son héros, ce qui prend un certain nombre de pages ; on est donc longtemps privé de la présence d'Alex, même après avoir ouvert le livre !
Les épreuves traversées par Alex paraissent toujours aussi invraisemblables et ses exploits aussi hors du commun, mais on s'accorde le droit d'y croire, surtout que l'auteur a fait un véritable effort pour rendre son sujet le plus réel possible. La Thaïlande qu'il nous dépeint, en particulier, mérite une mention pour sa justesse, la richesse et l'exactitude des descriptions ; il en va de même, d'ailleurs, pour les conditions de transport des réfugiés clandestins.
Quant à son style, il demeure fidèle à lui-même : simple, composé de phrases courtes, à la fois rapides et incisives, dépourvues du moindre mot superflu. Il s'attache à chaque protagoniste en lui accordant une place, aussi bien physique que psychique, sans non plus se perdre dans des méandres sentimentaux. Les descriptions, bien que reposant toujours sur les auxiliaires, sont de mieux en mieux faites, même si on peut relever que tous les méchants présentés par Anthony Horowitz sont des particularités visuelles (cicatrices, défaut de pigmentation, absences d'oreilles ou je ne sais quoi...). C'est amusant mais un peu caricatural, et on finit par se demander pourquoi Alex ne finit pas par reconnaître ses ennemis à leur tête de clown !
Evidemment, on trouvera toujours, en chipotant, quelques passages discutables. On peut par exemple se demander comment Alex parvient à démonter en deux temps trois mouvements une montre ayant survécu à maintes turpitudes, surtout d'aussi mouillées. Cependant, pour une fois toutes les mésaventures et tous les méandres scénaristiques trouvent une explication lors d'une révélation finale fracassante, et sur ce point on a droit à un véritable progrès. En même temps, l'effet pervers en est que rien ne se passe sans une bonne raison, et le lecteur devine aisément que les impulsions subites d'Alex auront toutes une répercussion par la suite.
Pour ne rien changer, ce sont toujours les mêmes ficelles qui reviennent en fin de compte. Même si deux enquêtes s'entremêlent cette fois-ci (celle de l'ASIS et celle du MI6), Alex finit forcément par se retrouver le dernier espoir de sauver le monde d'une nouvelle idée machiavélique, ceci après avoir échappé à une mort chaque fois plus atroce (on croit qu'Anthony Horowitz a touché le fond dans ce tome, mais il possède probablement une pelle !).

Rien de très nouveau donc, dans l'ensemble ; Alex Rider reste une série plutôt banale et simple, mais d'une redoutable efficacité, qui ne cesse croître de volume en volume...

Extrait

Alex continua. Son pied droit rencontra un petit objet métallique. Il l'entendit – et le sentit – cliqueter sous sa semelle. Il se figea. A cet instant, une voix sortit de l'obscurité, juste derrière lui.
- Ne bouge pas. Ne fais plus un pas...
Du coin de l'½il, il vit une silhouette ramper sous la clôture. Il pensa d'abord que c'était Scooter mais la voix lui était inconnue. Quelques secondes plus tard, il découvrit un homme plus âgé, avec des cheveux noirs et bouclés, une barbe naissante, en tenue de combat et armé d'un fusil d'assaut. Les bombes et les obus semblaient s'être estompés, probablement dirigés sur des cibles plus lointaines.
L'homme se dressa à côté de lui et le considéra d'un regard incrédule.
- Qui es-tu ? Et comment es-tu arrivé ici ?
- Sur quoi suis-je en train de marcher ? demanda Alex, qui devinait la réponse mais n'osait pas baisser les yeux.


Alex Rider – Snakehead
Anthony Horowitz
Hachette Jeunesse
Extrait p. 57

# Posté le mardi 04 décembre 2007 17:05

Modifié le mardi 04 décembre 2007 17:50