Cinq cent ans plus tôt, Jacques Guernière, drapier de bonne réputation, est condamné au bûcher pour sorcellerie. Pourquoi, dans quelles circonstances ? C'est ce que nous allons découvrir avec l'histoire de Violaine, fille d'une guérisseuse isolée de la société...
Exit les sorciers kitchs aux bonnets pointus et aux sorts farfelus ; les Revenants renoue avec les antiques histoires de sorcellerie, celles où les forces des ténèbres font appel aux démons et où la magie s'apprend en cachette, à grands renforts de latin, de runes anciennes et de formules alchimiques complexes.
De prime abord, la série ne paie pas de mine ; mais c'est pour mieux mettre à jour une mise en scène talentueuse, orchestrée avec un suspens insoutenable. Au fil des pages, l'intérêt du lecteur va d'autant plus croissant que les informations sont révélées au compte-goutte ; ni trop vite, ni trop lentement, mais juste assez pour que les pages se tournent avant même qu'on y ait pensé. Les deux intrigues se mélangent parfaitement ; à celles-ci ne tardera pas à s'ajouter une troisième car la première ne tardera pas à se scinder, les frères choisissant hélas des chemins divergents...
Une autre bonne surprise est que ce premier tome n'est pas un tome test pour savoir si la série va marcher ; en d'autres termes, il ne peut pas se lire indépendamment des suivants, il s'insère directement dans une continuité et constitue essentiellement un immense prologue à une saga dont on attend la suite avec impatience, d'autant que la fin marque une rupture d'importance même si le lecteur est le seul à s'en être aperçu.
Même si Jean Molla n'use pas d'un style recherché, son écriture demeure très fluide ; ses personnages, aussi bien Nicolas que Quentin, Jacques ou Violaine, paraissent de prime abord parfaitement ordinaires, mais ils sombrent lentement dans les voies choisies par leur destin. Leurs réactions restent pourtant naturelles et l'on s'y identifie aisément !
Les Revenants ne s'appuie pas sur une idée renversante, mais son côté classique le dote d'un charme obscur quelque peu négligé dans la production actuelle. L'écriture est normale, mais fluide et sans défaut. L'intrigue, pour lente qu'elle soit, se déroule par un habile jeu d'équilibriste ; chaque fin de chapitre pousse à lire le suivant, les multiples questions ne trouvant leur réponse que pour en soulever d'autres.
L'auteur s'appuie sur des ressorts classiques, mais il les utilise avec tellement de talent que son récit s'en trouve transcendé. Sa passionnante série mérite vraiment l'attention !
Extrait
C'était un manuscrit rédigé en latin. L'écriture, curieusement formée, lui sembla familière, bien qu'il n'ait jamais compulsé ce livre. Quant à la langue, il la comprenait sans difficulté alors qu'il ne l'avait jamais étudiée ! Atterré, il constata qu'il pouvait achever des phrases dont il n'avait lu que les premiers mots.
Quentin ferma les yeux et se concentra au hasard sur le N afin de se mettre à l'épreuve. Aussitôt, il déclama : Nabam, Naimbroth, Namtar, Nergal, Nirudy... Il aurait pu ainsi réciter par ordre alphabétique le nom de tous les démons. Comment les connaissait-il ? Il compulsa fébrilement le livre. Une rapide vérification lui permit de se persuader qu'il ne se trompait pas. Sa mémoire était emplie d'une foule de noms qu'il n'avait jamais appris !
Abandonnant son siège, il parcourut le dos des grimoires alignés sur les étagères. Certains titres lui étaient inconnus mais d'autres, les plus anciens, réveillèrent aussitôt des souvenirs de langues rares, de mots extravagants, de formules et d'incantations. Ces volumes partageaient un point commun : sur leur couverture, aux trois quarts effacés par le temps, il distingua un J et G entrelacés, comme imprimés au fer. Le livre ouvert sur la table comportait une marque identique.
Les Revenants – le sort d'éternité
Jean Molla
Rageot
Extrait pp. 148-149
