131- Les Revenants - le sort d'éternité

131- Les Revenants - le sort d'éternité
Après la mort tragique de leur père, Quentin et Nicolas déménagent en province avec leur mère. Cette histoire serait celle ordinaire d'une famille se relevant d'un drame si d'étranges événements ne tardaient pas à se produire : outre la découverte d'une pierre macabre dans la cave, les disputes incessantes des deux frères autrefois si proches, un correspondant mystérieux cherche à contacter Nicolas tandis que la vieille voisine garde sur Quentin un ½il un peu trop inquisiteur. Quel secret cache donc leur nouvelle demeure ? Trouveraient-ils leur explication dans les ouvrages indéchiffrables que recèle la vieille bibliothèque ?
Cinq cent ans plus tôt, Jacques Guernière, drapier de bonne réputation, est condamné au bûcher pour sorcellerie. Pourquoi, dans quelles circonstances ? C'est ce que nous allons découvrir avec l'histoire de Violaine, fille d'une guérisseuse isolée de la société...

Exit les sorciers kitchs aux bonnets pointus et aux sorts farfelus ; les Revenants renoue avec les antiques histoires de sorcellerie, celles où les forces des ténèbres font appel aux démons et où la magie s'apprend en cachette, à grands renforts de latin, de runes anciennes et de formules alchimiques complexes.
De prime abord, la série ne paie pas de mine ; mais c'est pour mieux mettre à jour une mise en scène talentueuse, orchestrée avec un suspens insoutenable. Au fil des pages, l'intérêt du lecteur va d'autant plus croissant que les informations sont révélées au compte-goutte ; ni trop vite, ni trop lentement, mais juste assez pour que les pages se tournent avant même qu'on y ait pensé. Les deux intrigues se mélangent parfaitement ; à celles-ci ne tardera pas à s'ajouter une troisième car la première ne tardera pas à se scinder, les frères choisissant hélas des chemins divergents...

Une autre bonne surprise est que ce premier tome n'est pas un tome test pour savoir si la série va marcher ; en d'autres termes, il ne peut pas se lire indépendamment des suivants, il s'insère directement dans une continuité et constitue essentiellement un immense prologue à une saga dont on attend la suite avec impatience, d'autant que la fin marque une rupture d'importance même si le lecteur est le seul à s'en être aperçu.
Même si Jean Molla n'use pas d'un style recherché, son écriture demeure très fluide ; ses personnages, aussi bien Nicolas que Quentin, Jacques ou Violaine, paraissent de prime abord parfaitement ordinaires, mais ils sombrent lentement dans les voies choisies par leur destin. Leurs réactions restent pourtant naturelles et l'on s'y identifie aisément !

Les Revenants ne s'appuie pas sur une idée renversante, mais son côté classique le dote d'un charme obscur quelque peu négligé dans la production actuelle. L'écriture est normale, mais fluide et sans défaut. L'intrigue, pour lente qu'elle soit, se déroule par un habile jeu d'équilibriste ; chaque fin de chapitre pousse à lire le suivant, les multiples questions ne trouvant leur réponse que pour en soulever d'autres.
L'auteur s'appuie sur des ressorts classiques, mais il les utilise avec tellement de talent que son récit s'en trouve transcendé. Sa passionnante série mérite vraiment l'attention !

Extrait

C'était un manuscrit rédigé en latin. L'écriture, curieusement formée, lui sembla familière, bien qu'il n'ait jamais compulsé ce livre. Quant à la langue, il la comprenait sans difficulté alors qu'il ne l'avait jamais étudiée ! Atterré, il constata qu'il pouvait achever des phrases dont il n'avait lu que les premiers mots.
Quentin ferma les yeux et se concentra au hasard sur le N afin de se mettre à l'épreuve. Aussitôt, il déclama : Nabam, Naimbroth, Namtar, Nergal, Nirudy... Il aurait pu ainsi réciter par ordre alphabétique le nom de tous les démons. Comment les connaissait-il ? Il compulsa fébrilement le livre. Une rapide vérification lui permit de se persuader qu'il ne se trompait pas. Sa mémoire était emplie d'une foule de noms qu'il n'avait jamais appris !
Abandonnant son siège, il parcourut le dos des grimoires alignés sur les étagères. Certains titres lui étaient inconnus mais d'autres, les plus anciens, réveillèrent aussitôt des souvenirs de langues rares, de mots extravagants, de formules et d'incantations. Ces volumes partageaient un point commun : sur leur couverture, aux trois quarts effacés par le temps, il distingua un J et G entrelacés, comme imprimés au fer. Le livre ouvert sur la table comportait une marque identique.


Les Revenants – le sort d'éternité
Jean Molla
Rageot
Extrait pp. 148-149

# Posté le mercredi 02 janvier 2008 05:12

130- Océania - la prophétie des oiseaux

130- Océania - la prophétie des oiseaux
Ce texte est également disponible sur le site Utopie ! N'hésitez pas à y faire un tour ni à nous rejoindre sur le très sympathique forum !

Flavia coule une vie heureuse avec son grand-père Anatole, guetteur sur la côte ouest de l'Europe. Dans cet endroit déserté par la population, elle vit en observant les oiseaux qui lui apportent les nouvelles du monde, et voit avec inquiétude l'océan gagner du terrain sur les terres...
Mais une annonce surgit et modifie à jamais sa vie : l'Amérique ferme ses portes. Anatole est bouleversé : convaincu que sa petite-fille n'a pas d'avenir en Europe, il la persuade de gagner le continent américain, protégé de la montée des eaux par une digue immense dont la construction a malheureusement été négligée en Europe. C'est ainsi que la jeune fille, d'un jour à l'autre, se retrouve seule sur un voilier... Mais une fois arrivée à destination, elle trouve un pays bien différent de celui qu'ils imaginaient. D'autant que certaines rencontres et révélations surprenantes l'attendent de pied ferme.

Océania constitue à l'heure actuelle, un puissant cri écologique. À l'heure où chacun crie au réchauffement climatique sans être écouté par les institutions gouvernementales, on découvre les conséquences imaginées par Hélène Montardre de cette surdité volontaire : l'océan est devenu l'ennemi de l'Homme, sa puissance menace à tout moment d'engloutir les terres. L'Amérique a su prédire cette issue dramatique en bâtissant la digue ; ce n'est pas le cas de l'Europe, vieux continent où règne la terreur, que chacun cherche à fuir pour gagner l'autre bout de la Terre.
Mais l'Amérique possède une autre facette, nettement moins reluisante : celle d'un pays fermé, où l'information est censurée au point que la population ne sait même pas ce qui se passe dans le reste du monde. Le régime totalitaire met sévèrement en danger la vie des clandestins comme Flavia et contrôle la vie de ses habitants jusqu'à l'abus. Flavia s'est échappé d'une souricière pour se jeter dans une autre...

Le roman pose donc un contexte intéressant mais au-delà de cette qualité, il est alourdi par un certain nombre de faiblesses. Tout d'abord, l'héroïne manque de réaction par endroits, et montre trop d'intérêt à d'autres. Ainsi, devoir quitter son foyer et ses proches du jour au lendemain ne la touche pas beaucoup puisqu'elle cède relativement facilement et rassemble immédiatement ses affaires. À l'inverse, son amitié avec Noémie se développe de façon inhabituelle alors qu'elles se sont rencontrées une fois et demie ; et il en va de même concernant l'animosité gratuite de Benjamin, le frère de Noémie. Quant à ses objectifs, ils ne paraissent pas bien solides : elle tend à les faire facilement passer au second plan sans vraie raison, préférant se préoccuper de sujets secondaires qui ne la concernent même pas.
L'intrigue souffre de quelques facilités, avec notamment un côté linéaire, quelques coïncidences, certains clichés (le coup de foudre prédestiné, la révélation sur les parents...) et quelques scènes auxquelles on peine à croire (je pense notamment à Flavia escaladant une muraille verticale après avoir échoué sur une plage ; normalement dans un moment comme ça on est censé être quand même un peu malade mais bon.)

En dehors de ces défauts, le roman n'est pas mauvais. Si le style est basique, il ne contient pas non plus de maladresses grossières, ni de déséquilibre flagrant entre dialogues et narrations. En d'autres termes, c'est un roman pour la jeunesse sans grandes ambitions, mais bien fait et pas déplaisant du tout, avec certaines facilités mais qui ne dissimulent pas l'expérience de l'auteur dans l'écriture. Ce n'est pas l'½uvre du siècle, mais ça reste sympathique.

Extrait

Sur l'écran, l'image était noyée. La digue n'existait plus. On ne voyait que du gris. Le gris de l'océan qui envahissait le pays, le gris du ciel, muet.
- La prophétie des oiseaux, murmura le capitaine Blunt pour lui-même.
Dans le salon, les spectateurs, abasourdis, gardaient les yeux fixés sur l'écran.
L'homme qui manipulait les boutons leva un bras :
- Chut ! Ecoutez...
Une voix ténue leur parvint :
- Aux Pays-Bas, malgré les travaux engagés récemment par les autorités compétentes, les digues on cédé. On ignore encore la progression de l'océan...
Puis tout s'éteignit, le son et l'image.
Femmes, hommes et enfants se dévisagèrent. Ils avaient l'impression d'être les seuls survivants d'un monde disparu.
Derrière Flavia, quelqu'un sanglotait. Les deux enfants que Tommy et elle avaient aperçus en train de jouer sur le pont s'étaient approchés de l'écran et se tenaient devant, côte à côte. L'un d'eux le désigna du doigt.
- C'était un film, hein ? Hein maman, c'était un film ?
Il dévorait du regard le visage des adultes qui l'entouraient. Personne n'osa répondre.

Océania – la prophétie des oiseaux
Hélène Montardre
Rageot
Extrait p. 119



# Posté le samedi 29 décembre 2007 09:57

Modifié le mercredi 23 janvier 2008 09:30

129- Danse Avec Les Loups **

129- Danse Avec Les Loups **
Le grand jour est arrivé ! Le lieutenant John Dunbar se réjouit de son affectation à la frontière ; mais à sa grande surprise, c'est un fort abandonné qu'il trouve à son arrivée... Les circonstances l'amènent à se retrouver plusieurs mois durant dans la solitude la plus complète, oublié du reste du monde. Entre sa vie quotidienne, divers menus travaux qu'il s'efforce d'effectuer et les visites surprenantes du loup Deux Bottes, le lieutenant est bientôt amené à rencontrer les Comanches. La confrontation avec ces être inconnus, de prime abord effrayante, se meut rapidement en intérêt prononcé, en respect mutuel, puis en amitié profonde. Le lieutenant, non contenant de nouer contact avec les Comanches, apprend leur langue et tombe amoureux d'une femme. Peu à peu, il en vient à passer davantage de temps au campement qu'au fort ; lentement mais sûrement, John Dunbar s'efface pour laisser place à Danse Avec Les Loups. Devra-t-il choisir entre deux identités ?

Rendu célèbre par le magnifique film éponyme, Danse Avec Les Loups narre une superbe histoire contée avec passion. Derrière chaque ligne de Michael Blake, on sent la présence du connaisseur, l'amour d'un homme pour un peuple victime, comme tant d'autres, de l'esprit de conquête acharnée de l'homme blanc. En quelques mois, Dunbar qui n'avait même jamais vu un Indien en vient à remettre en question son opinion sur le monde dont il vient. Émouvante rencontre entre deux cultures que tout oppose, mais qui prouvent qu'avec du respect et de la bonne volonté, tout est possible... Malheureusement, on sait déjà que l'une des deux n'aura de cesse d'exterminer l'autre.
Cependant Michael Blake ne nous livre pas une oeuvre dénonciatrice ou politiquement engagée, mais juste l'histoire d'un homme qui va se retrouver à choisir entre deux mondes. Juste une histoire d'amitié et d'amour, où à chaque protagoniste est accordée une place attentive, qu'il s'agisse de Celle Qui Se Dresse Avec Un Poing Fermé, également déchirée entre son époux mort, sa propre peur et les nouveaux sentiments qui croissent en elle, d'Oiseau Frappeur l'homme médecine, de Dix Ours le chef aux lourdes responsabilités, ou de fougueux guerriers tels que Vent Dans Les Cheveux ou Jambe De Pierre. Sans être trop nombreux, mais en nombre suffisant pour souligner une bonne diversité de personnalités prononcées, les personnages dotent l'½uvre d'une richesse humaine incomparable.
Le récit prend son temps pour démarrer, mais c'est pour mieux introduire la personne du lieutenant Dunbar et de Celle Qui Se Dresse Avec Un Poing Fermé. Les cinquante premières pages passées, l'auteur laisse de côté les informations annexes pour se concentrer exclusivement sur son récit ; un vrai régal dès lors, car rien de ce qu'il est écrit n'est superflu, chaque mot trouve son utilité. Le texte se déroule sobrement, mais en sachant mettre le doigt sur le détail révélateur. Qui plus est, il livre d'une manière intéressante l'évolution psychologique du personnage principal ; d'abord soldat uniquement, puis homme solitaire appréciant la compagnie inattendue de Deux Bottes, le lieutenant Dunbar consigne sur un carnet daté chacune de ses journées et des nouveaux événements intervenus dans sa vie. Peu à peu, à mesure qu'il se tourne vers les Comanches, ce carnet est peu à peu oublié, jusqu'à finalement être totalement délaissé. Le personnage principal hésite, mais son c½ur choisit sa voie ; alors, la narration abandonne le lieutenant Dunbar pour nommer désormais Danse Avec Les Loups...
Ainsi, subtilement, mais sûrement, Michael Blake dresse un admirable portrait. Tous ceux qui ont apprécié le film devraient se retrouver dans ce livre très réussi. Sauf peut-être les dépendants aux dialogues, car ils restent assez rares, l'auteur préférant se référer aux actes concrets ; un choix tout à fait respectable au vu de la réussite finale.

Extrait

Il avait été plus troublé par ce qu'il avait lu sur le visage et dans les manières de Celle Qui Se Dresse Avec Un Poing Fermé que par la disparition de Danse Avec Les Loups. À la mention de son nom il avait perçu un vague malaise en elle, comme si elle avait eu quelque chose à cacher.
Mais cela également, avait-il décidé, échappait à son contrôle. Si quelque chose d'important s'était produit entre eux, ce serait révélé le moment venu.
Il fut soulagé de voir le cheval bai et son cavalier pénétrer dans la zone de lumière du feu. Le lieutenant glissa du dos de Cisco et salua les hommes autour du foyer en comanche. Ils lui retournèrent son salut et attendirent des explications à propos de sa disparition.
Dunbar se tint debout devant eux comme un invité qui arrive à l'improviste, tortillant les rênes de Cisco entre ses mains en les regardant. Tous comprirent qu'il réfléchissait.
Après quelques secondes, son regard tomba franchement sur Oiseau Frappeur, et l'homme-médecine pensa qu'il n'avait jamais vu le lieutenant si calme et si sûr de lui.
Dunbar sourit alors. C'était un petit sourire empli de confiance.
- Je suis Danse Avec Les Loups, dit-il en parfait comanche.
Puis il se détourna du feu et conduisit Cisco jusqu'à la rivière pour le faire boire longuement.


Danse Avec Les Loups
Michael Blake
J'ai Lu
Extrait pp. 235-236

# Posté le vendredi 28 décembre 2007 06:14

Modifié le dimanche 30 décembre 2007 09:22

128- Les conspirateurs

128- Les conspirateurs
Jonathan Julian... A peine arrivé à Paris, le bel Américain blond fait la connaissance de sa voisine, la ravissante Ayamei au passé tourmenté, puisqu'elle est une réchappée de Tianan men, un drame dans l'histoire de la révolution communiste chinoise. Il entreprend immédiatement de séduire la jeune femme, en apparence timide et troublée.
Mais tout ça n'est qu'un mensonge. Jonathan est un espion, et Ayamei en est une autre dans un genre différent. Tout en conservant sous sa coupe le politicien Philippe Matelot afin de servir les intérêts de son pays, elle entame avec Jonathan un passionnant jeu du chat et de la souris, où les sentiments se révèlent vraiment faux ou faussement vrais, où chacun cherche à percer le secret de l'autre tout en lui dissimulant le sien.

Après les contes délicats des quatre vies du saule, le lyrisme épique d'Alexandre et Alestria, le jeu d'équilibriste de la joueuse de go sans oublier la tyrannie poétique d'Impératrice, Shan Sa nous livre les conspirateurs, roman d'espionnage où, une fois de plus, la manipulation se noue étroitement aux sentiments.
Cette fois, exit les tournures recherchées et alambiquées. Shan Sa s'attache une écriture d'une grande sobriété, composée de phrases simples mais d'une incroyable justesse. Elle réussit l'exploit d'en dire le maximum avec un minimum de mots, sans se départir de sa beauté, prouvant ainsi qu'aucun style ne lui échappe et qu'elle les maîtrise tous ; et c'est probablement cela qui fait d'elle l'une des romancières les plus talentueuses du territoire francophone.
Le chassé-croisé de Jonathan, Ayamei et Philippe est tout simplement passionnant ; entre ces personnages d'une rare subtilité planent les plus grands mystères, les mensonges prennent des allures de vérité et inversement. Finalement, qui manipule qui, qui aime qui, qui est qui ?
Il vous faudra finir le roman pour obtenir des éléments de réponses à ces questions, car l'auteur achève son récit sur une ultime pirouette, mettant en point final à un ouvrage qui jusqu'au bout n'aura cessé de nous surprendre.

Extrait

- Philippe, toi et moi sommes de la même espèce : nous mangeons pour nous emparer de la saveur, nous baisons pour voler un plaisir ou un renseignement, nous courons en avant pour fuir le passé, le présent, l'éternité. Afin de ne jamais faillir dans la manipulation, nous devons d'abord castrer nos émotions, verrouiller nos sentiments. L'amour existe... mais c'est un sommet qui nous est inaccessible.
Philippe n'écoute plus son délire. Ils ne se comprennent plus. Elle a changé. Pourquoi faire l'apologie de l'amour ? L'Ayamei qu'il a connue était un boa. Jonathan Julian l'a fascinée avec ses histoires de spiritualité. On dirait qu'elle est en train de se révolter contre la Chine, contre la France, contre elle-même qui n'est qu'une créature de la haine. Philippe n'oublie pas qu'elle a été le leader d'un mouvement démocratique et que, retournée par son gouvernement, elle est devenue espionne communiste. Un nouveau visage serait-il en train de se produire ?

Les conspirateurs
Shan Sa
Albin Michel
Extrait pp. 184-185

# Posté le vendredi 28 décembre 2007 06:13

Modifié le dimanche 30 décembre 2007 09:25

127- CHERUB - Trafic

127- CHERUB - Trafic
Après quelques déboires à CHERUB dus à son inconséquence et à sa flemme, James est désigné avec trois autres enfants (Kerry, Kyle et Nicole) pour une mission d'importance. Prenant avec deux adultes et un bébé l'identité de la famille Beckett nouvellement arrivée à Thornton, il est chargé d'approcher la progéniture de Keith Moore, la tête d'une gigantesque organisation de drogue employant des mineurs, afin de réunir des preuves contre ce dernier et éventuellement démanteler le trafic.
Sitôt arrivé, James se glisse dans la peau du délinquant qu'il doit incarner pour approcher le jeune Junior ; c'est le début d'un séjour de longue durée où les fausses amours et les vraies amitiés n'ont de cesse de s'entrecroiser...

Robert Muchamore nous offre là un tome nettement meilleur que le premier. L'improbable entraînement de cent jours en moins, l'univers de CHERUB prend une dimension autrement plus crédible et engage le lecteur dans un redoutable chassé-croisé où tous les protagonistes prennent leur rôle très au sérieux. S'ils jouent la comédie des sentiments avec autrui, la vérité se mêle à l'illusion quand il s'agit des liens qui les unissent. James, intéressé par Nicole, ne peut empêcher son attirance première pour Kerry de croître de jour en jour ; mais à l'extérieur, il doit jouer le rôle du petit ami d'April tandis que Kerry côtoie Denish ; quant à Nicole, elle est tentée de se laisser aller aux dérives que ne peut se permettre un agent secret. Situations difficiles s'il en est, mais qui derrière les premiers échecs pourraient bien porter leurs fruits...
Mais la crédibilité a un prix, et en l'occurrence elle pose un problème éthique assez dérangeant, au niveau de l'existence de l'organisation secrète CHERUB et des adultes mis dans le secret qui y réagissent de façon très positive en se remettant rapidement de la surprise et éprouvent peu de peine à considérer les gamins comme leurs collègues égaux dans le boulot. De plus, il y a quand même deux-trois passages discutables, notamment celui où deux de nos jeunes protagonistes menacent un homme avec des armes à feu avant de s'enfuir en voiture, sans paraître le moins du monde suspects aux yeux de l'ennemi. Enfin, et surtout, certains contextes, certaines mentalités, certaines allusions, certains comportements devraient se situer bien au-dessus de la tranche d'âge de douze ans. Nos jeunes héros certes sont agents et formés, mais qu'en est-il de leurs amis du même âge qui non contents de dealer, s'adonnent librement à la consommation de fumées illicites et aux beuveries ?...
Heureusement cet aspect un peu malsain se fait facilement oublier par la légèreté, les joies et les déceptions vécues par des protagonistes devenus familiers et attachants. Le côté quotidien du roman enchante, son côté policier attire l'attention.
Le style de Robert Muchamore est correct, sans défaut mais sans qualité particulière non plus. Cependant on peut noter sa rigueur et sa précision dans les informations données, notamment au sujet des crochetages, des vols ou du marché de la coke, qui contribuent beaucoup à la dimension réaliste du roman.
Bref, sans constituer un chef d'½uvre et encore moins un parangon d'originalité, ce tome relève le niveau et constitue pour l'heure une belle promesse.

Extrait

- Si vous touchez à ma bagnole, haleta le jeune homme en crachant des bouts de papier, vous êtes morts.
Kerry lui envoya un coup de pied dans l'estomac.
- La prochaine fois, je vise plus bas, compris ? Ton numéro de box, vite.
- Va te faire foutre.
- James, dit calmement la jeune fille, passe-moi le fusil, s'il te plaît.
James obéit. Kerry actionna la pompe et pointa le canon scié de l'arme vers les genoux de Joe.
- Si tu ne réponds pas à ma question, il faudra un miracle pour nettoyer cette moquette.
James savait que son amie ne presserait pas la détente, mais la façon dont elle avait lancé cette menace était extrêmement crédible. Joe n'en menait pas large.
- Quarante-deux, lâcha-t-il.
- Eh bien voilà. Ce n'était pas si difficile. Si tu m'as menti, je reviendrai pour t'exploser les rotules. Ensuite, je te reposerai la même question.
- OK, OK. J'ai menti. La voiture est dans le vox dix-huit. Dites, pourquoi vous n'appelez pas un taxi ? C'est une bagnole très puissante. Est-ce que vous savez conduire ?
- Tu nous prends pour des billes ? lança James.


CHERUB – Trafic
Robert Muchamore
Casterman
Extrait p. 147
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# Posté le samedi 22 décembre 2007 14:36

Modifié le vendredi 28 décembre 2007 06:14