141- L'enfant blessée

141- L'enfant blessée
Alors qu'elle prend ses fonctions dans une nouvelle école, où elle a la surprise de retrouver Bob, un de ses anciens amis, au poste de directeur, Torey fait la connaissance de Vénus Fox, une petite fille à problème qui constituera son nouveau grand défi. En effet, malgré sa spécialisation dans le mutisme électif, Torey se heurte avec Vénus face à un
mur : la petite fille, en effet, ne se contente pas de rester muette ; elle demeure complètement catatonique et ne réagit à aucune sorte de stimuli... Le cas est-il désespéré ? Torey refuse de le croire et se démène pour provoquer chez elle ne serait-ce que la plus infime des réactions...
Mais Vénus n'est pas la seule à rythmer son quotidien ! La nouvelle classe de l'institutrice spécialisée se révèle en effet particulièrement difficile ; constituée de petits monstres agressifs et belliqueux saisissant la moindre excuse pour se battre, elle passe plus de temps à les séparer qu'à leur enseigner quoi que ce soit. Pour ne rien arranger, Julie, son assistante, se révèle bien différente de Torey ; leurs méthodes, incapables de s'accorder l'une avec l'autre, les mène sur un désaccord de plus en plus dérangeant...

L'enfant blessée
constitue l'une des oeuvres les plus récentes de Torey Hayden. On voit que l'auteur a trouvé son style depuis longtemps : le texte, agréablement composé, met l'accent sur des observations pertinentes, et met en valeur l'infime détail qui le rend charmant. Ses fins de paragraphe, en particulier, attirent toujours l'attention de par leur note amusante ou exaspérante – mais toujours avec un petit accent de dérision qui allège le sujet, déjà bien lourd, de ces enfants à problèmes trop souvent ignorés par la société.
Mais, plus que l'histoire de Torey et Vénus, ce livre retrace plutôt l'année scolaire qui a vu leur rencontre non seulement à elles deux, mais aussi avec Billy, Théo, Phil et Jesse : il s'ouvre avec la rentrée et s'achève à l'arrivée des grandes vacances, avec la fin d'une époque au cours de laquelle de grands progrès auront déjà pu être accomplis. Une grande place est accordée aux quatre autres élèves de Torey, aussi cette histoire est-elle autant la leur que celle de Vénus, car ils auront tous su se montrer étonnants, désespérants ou surprenants, mais toujours incroyablement attachants...
Cependant, en progressant, l'auteur a certes appris à mieux définir ses limites en se choisissant une construction uniforme, cependant elle a également perdu une grande part de la spontanéité qui faisait le charme de ses premiers témoignages. Dans l'enfant qui ne pleurait pas, Torey montrait le même enthousiasme et la même passion, mais elle se montrait également plus naïve – ses livres restent pourtant porteurs d'espoirs, mais il ne fait aucun doute que l'auteur a mûri, a subi des échecs et perdu son idéalisme (elle le dit d'ailleurs elle-même). Son texte se traduit par une construction moins naturelle, plus travaillée mais moins sincère. Elle ne se concentre plus sur un seul enfant mais sur plusieurs, ce qui n'est pas déplaisant mais les place tous au rang de héros en éclipsant le sujet principal ; et encore, une belle part est également accordée aux personnes adultes faisant partie de l'entourage de Torey ! Quant à la vie privée de l'auteur, elle a disparu ; ce qui semble normal mais en même temps, dissimule ses états d'esprits qui expliquaient si bien ses gestes et ses réactions, et la rendait plus humaine par la même occasion.

Donc : l'enfant blessée est un bon livre, bien rédigé et intéressant ; mais indéniablement, le style de Torey Hayden a changé. Mais cela ne devrait gêner personne.

Extrait

Sous les platanes qui déployaient leur feuillage, de l'autre côté de la cour, je vis deux surveillantes s'interposer entre des enfants. Reconnaissant la chemise colorée de Billy, je me mis à courir. Outre Billy, il y avait Théo (ou Phil) et... comme les deux surveillantes se trouvaient au milieu de la mêlée, je ne compris pas tout de suite que le troisième enfant était... Vénus !
Vénus... une masse confuse de bras et de jambes, sifflant farouchement contre Billy. Plus surprenante encore, c'était elle qui faisait le plus de bruit. Et quel bruit affreux ! Un ululement surnaturel, si fort et strident que j'en eus les tympans molestés. Elle ne cessa pas de crier et de se débattre, jusqu'à ce qu'elle parvînt à échapper aux surveillantes pour se ruer sur Billy qui saignait déjà du nez. Mais lorsqu'il vit qu'elle arrivait sur lui, il se libéra à son tour et se mit à courir vénus se lança à sa poursuite.
Je courus derrière eux, ainsi que Julie, qui venait de sortir du bâtiment avec Bob et les autres instituteurs. Quand Billy eut atteint le mur opposé, Vénus le coinça et se mit à le bourrer de coup de poing avec une sauvagerie inouïe. Elle avait conscience de notre présence, pourtant, car dès que je parvins jusqu'à elle, elle grimpa sur le mur et passa de l'autre côté.
« Spider Man, c'est bien elle », me dis-je.


L'enfant blessée
Torey Hayden
Presses de la Cité
Extrait p. 27


# Posté le mercredi 30 janvier 2008 03:31

Modifié le mercredi 30 janvier 2008 04:47

140- Les chevaliers d'Emeraude - le feu dans le ciel *

140- Les chevaliers d'Emeraude - le feu dans le ciel *
Ce texte est également disponible sur le site Utopie ! N'hésitez pas à y faire un tour ni à nous rejoindre sur le très sympathique forum !

Le continent d'Enkidiev est autrefois parvenu, au cours d'une grande guerre, à repousser l'invasion des hommes-lézards, et ce grâce à l'ordre disparu des Chevaliers d'Emeraude. Aujourd'hui, craignant que ces événements tragiques ne se reproduisent, le roi Emeraude 1er décide de ressusciter cet ordre de chevalerie, mais en plus strict et rigoureux. C'est ainsi que Wellan se retrouve à la tête de la première génération de chevaliers, six hommes et une femme, tous de valeureux guerriers. Hélas, le danger revient frapper à leur porte... Alors que le Royaume de Shola est anéanti, Wellan, porteur du lourd secret de l'identité de la petite Kira, confiée par la reine de Shola à Emeraude 1er, se voit contraint d'organiser la défense du continent...

Dans la droite lignée instaurée par Eragon, les chevaliers d'Emeraude s'inscrit naturellement dans la liste des ouvrages plagieurs devenus des best-sellers par une bien curieuse tendance du marché commercial...
D'emblée, le roman pose un univers qui se caractérise par son absence flagrante de la moindre originalité. Les stéréotypes se posent aussi bien aux niveaux géographique qu'historique, sans parler bien sûr des principes, du style et des noms. Ainsi, le prologue narrant l'ancienne guerre rappellera le seigneur des anneaux à n'importe qui ayant vu le film ou lu le livre (ou les deux), c'est-à-dire quasiment tout le monde.
Presque immédiatement, s'ensuit le destin de Kira, qui... correspond quasiment mot pour mot à celui de l'enfant de Jenifer dans la tapisserie de Fionavar, un grand classique québecois. Quant au méchant, qui ne s'appelle pas Sauron mais presque, il n'échappe pas à l'éternel cliché de l'insectoïde et est connu sous le surnom trèèès original d'Empereur Noir.
Et si les royaumes ont eu l'idée poétique de s'appeler comme les pierres précieuses, on se désolera de ne voir que des noms à plusieurs mots, eux aussi directement repris des clichés habituels, même quand ce n'est pas justifié, s'amusant également à coller des majuscules un peu n'importe où ; et ce jusqu'à la désolante Forêt Interdite, un plagiat des plus visibles !

Les personnages, bien décrits au début, promettaient de se montrer attachants, hélas les serments ne sont pas tenus puisque certains voient leur psychologie développée (très peu et maladroitement, mais l'effort mérite d'être relevé) mais la plupart ne le sont pas du tout. Le pire est sans doute Wellan, autour duquel tourne l'ensemble du récit : censé incarner la perfection, il tombe fou amoureux d'une femme qu'il a croisée trois minutes et décide de la retrouver pour l'épouser. Outre le fait qu'on n'y croit pas une seconde, tellement les sentiments sonnent faux, on a là un bel exemple de moralité puisque la femme en question est mariée, ce qui ne semble choquer personne dans cette soi-disant fratrie de la perfection...
La double-personnalité de Wellan ne s'arrête pas là : ainsi on le décrit le plus souvent possible comme une armure de glace camouflant trop bien ses sentiments alors qu'à tout bout de champ il se retrouve dans une crise ou l'autre, une colère sourde aux apaisements d'autrui ou un désespoir artificiel déballé dans des larmes pathétiques, devant des personnes peu adaptées à affronter la situation.
Les chevaliers eux-mêmes sont certes choisis pour leurs qualités intrinsèques ; n'empêche ils en ont trop, à un point qu'on se demande pourquoi ils s'inquiètent alors qu'ils sont si parfaits. N'oublions pas non plus qu'ils sont censés être à la fois novices et pionniers, eh bien à voir leur assurance et les nombreuses qualités qu'ils montrent face à des situations soi-disant inédites, on a du mal à le croire.

Bien sûr, au-delà de ces aspects liés à l'univers, reste l'intrigue qui hélas se révèle elle aussi consternante : linéaire, prévisible, cousue de fil blanc et sertie de dialogues qu'on pourrait sans problème réciter avant de les avoir lus. L'action se déroule assez rapidement ; on pourrait la juger équilibrée si le style ne se montrait pas d'une uniformité soporifique, ce qui est dommage car il ne contient pas non plus d'erreurs flagrantes et démontre chez l'auteur un certain potentiel... pas encore développé toutefois.
Enfin on pourra y relever certaines curiosités ; par exemple concernant les distances. Il est amusant de constater que deux ou trois jours de cheval suffisent pour relier un royaume à l'autre ; il faut croire que le continent n'est pas très grand... bien sûr on préférera ne pas s'interroger sur le taux de fatigabilité des chevaux, puisque vraisemblablement ils semblent inépuisables !
Les relations entre les personnages, en particulier au moment des rencontres, sonnent malheureusement bien creux. Pourtant l'auteur a fait l'effort de les différencier les unes des autres, au niveau caractériel du moins, mais cela ne dissimule en rien des faiblesses énormes, par exemple dans le système de sécurité : assassiner le roi ne semble pas bien difficile... De même, alors que les chevaliers font parfois preuve de méfiance, celle-ci retombe bien vite, sans aucune preuve valable.
On peut aussi trouver étonnant que le roi d'Emeraude s'appelle Emeraude 1er... Vu l'originalité du nom on aurait plutôt pu s'attendre à Emeraude XVI ou autre, enfin bon...
Et on ne dira rien sur les « fins stratèges » qui tombent dans le même piège que la fois d'avant, ni sur les parchemins inconnus et oubliés de tous alors qu'ils étaient juste planqués dans un fond de la bibliothèque...

Bref, on pourrait encore en trouver des tonnes, de ces détails subtils qui peuvent faire la réussite d'un livre mais qui en l'occurrence, tendent plutôt à le couler tellement leur traitement s'est vu négligé. Dommage, il aurait pourtant tenu à peu de choses de perfectionner tout cela et, à défaut d'un livre original, d'en faire au moins livre acceptable et complet... De nombreuses questions restent sans explication et frôlent presque l'incohérence, du moins tant que leurs réponses demeurent dans l'ombre (Pourquoi est-ce Emeraude qui se charge de la protection du continent et pas un autre royaume ? Pourquoi Amecareth n'a-t-il pas tout simplement emmené Fan de Shola chez lui au lieu de se fatiguer à revenir chercher son enfant trois ans plus tard ?). Et malheureusement, on éprouve la fâcheuse impression de se trouver face à un produit qui, non content de plagier ouvertement ses prédécesseurs sans proposer la moindre innovation, n'a pas été correctement finalisé...

Cependant, les chevaliers d'Emeraude peut se révéler agréable, de par sa construction rapide et son style équilibré, en tant que premier roman de fantasy. On peut donc espérer qu'il puisse constituer une piste d'ouverture qui par la suite, pourra emmener les plus jeunes lecteurs à la découverte des racines du genre et les pousser à entamer d'autres œuvres plus riches et variées, à la qualité autrement plus élevée.

Extrait

Les forêts du Royaume des Elfes se révélèrent encore plus denses que celles du Royaume de Diamant. A certains endroits, les arbres se touchaient et formaient un dôme étanche qui empêchait même la lumière de passer. Wellan choisit d'établir leur campement près de la rivière Tikopia, là où les rayons de la lune perçaient le plafond e verdure et leur permettaient de voir à quelques mètres autour d'eux.
Ils dessellèrent les chevaux, les firent boire et les rassemblèrent entre de gros rochers où ils seraient protégés d'éventuels prédateurs. De toute façon, Wellan avait institué des tours de garde. Ils n'avaient pas encore vraiment d'ennemis, mais le grand Chevalier pensait que c'était une pratique nécessaire pour ses frères. Ce soir-là, Santo fut le premier à s'asseoir en retrait du feu, son épée sur les genoux, pendant que ses compagnons s'enroulaient dans leurs couvertures. La lune faisait briller les petites vagues à la surface de la rivière et il vit même des cerfs s'abreuver sur l'autre rive. La nuit était fraîche et calme. Bientôt, ils marcheraient dans la neige des hauts plateaux de Shola. Ils seraient les premiers étrangers à approcher ce peuple que tous les royaumes avaient conspué à la suite de l'attaque de Draka sur le Royaume d'Emeraude.
Santo contempla les visages paisibles de ses frères d'armes en songeant que jamais Enkidiev n'avait connu de plus valeureux guerriers. Il savait qu'en cas de danger, il pourrait toujours compter sur ses compagnons, même sur Jasson qui rechignait à se battre. Il se mit à penser aux jeunes élèves qui les observaient souvent de la galerie du grand hall. L'un d'eux deviendrait bientôt son Ecuyer, mais il les connaissait à peine et... Le craquement sec d'une branche le tira brusquement de ses pensées.

Les chevaliers d'Emeraude – le feu dans le ciel
Anne Robillard
Editions de Mortagne
Extrait pp. 77-78

# Posté le mardi 22 janvier 2008 15:41

Modifié le jeudi 24 janvier 2008 17:01

139- Les annales du Disque-Monde - la huitième fille

139- Les annales du Disque-Monde - la huitième fille
Sachant qu'il s'apprête à mourir, le mage Tambour Billette décide, conformément à la coutume, de léguer son savoir à un huitième fils de huitième fils. La transmission s'opère rapidement et proprement, hélas il y a juste un petit problème... le fils annoncé se révèle être une fille ! Et il est trop tard : la petite Eskarina a bel et bien hérité des pouvoirs du mage. Or, une fille mage, cela ne s'est jamais vu ! Les mages sont des hommes, les sorcières des femmes, et ce depuis toujours, le contraire, ce serait ridicule...

Ce troisième tome des Annales du Disque-Monde se sépare de Deuxfleurs et Rincevent pour mettre en scène un nouveau personnage, ainsi qu'une histoire plus longue. Évidemment, le scénario en lui-même n'a rien de bien original : Esk va se retrouver apprentie sorcière, puis, devant la différence trop prononcée de ses dons, va se mettre en route pour l'Université Invisible où elle n'a aucune chance d'entrer, mais elle n'a pas dit son dernier mot, et sa Mémé non plus.
Donc intrigue revue, certes, mais quand c'est sous la plume de Terry Pratchett, tout prend une dimension nouvelle et rafraîchissante, où les jeux de mots et les clins d'oeils s'enchaînent pour souligner les clichés et les tourner en ridicule ! L'auteur déroule son talent avec une fluidité déconcertante, surtout face à une richesse langagière telle qu'elle exige une attention de tous les instants, sous peine de manquer une des nombreuses occasions de sourire, ou de rire sans retenue.

Je dois avouer que je préfère les aventures courtes de Rincevent et Deuxfleurs... La huitième fille n'est pas pour autant à jeter, bien au contraire ! Ce fut un excellent moment de lecture...

Extrait

- Faut que je sois mage ?
- Oui. Non. Je sais pas.
- C'est pas vraiment une réponse, Mémé, reprocha Esk. Il le faut, oui ou non ?
- Les femmes peuvent pas être mages, trancha la sorcière. C'est contre nature. Pareil qu'une femme forgeron.
- Tu sais, j'ai vu travailler papa et je vois pas pourquoi...
- Ecoute, s'empressa de dire Mémé, on peut pas plus avoir de femme mage que de sorcière homme, parce que...
- J'ai entendu parler de sorcières hommes, risqua timidement Esk.
- Des sorciers !
- Je crois que c'est ça.
- On devrait pas les appeler comme ça. Ce que je veux dire, c'est qu'il existe pas de sorcières mâles, seulement des imbéciles, fit violemment Mémé. Si les hommes étaient des sorcières, ce seraient des mages. C'est une question de...
Elle se tape sur le crâne.
- ... de têtologie. Comment fonctionne ton cerveau. Le cerveau des hommes fonctionne différemment du nôtre, tu vois. Leur magie, c'est des histoires de nombres, d'angles, de côtés et de ce que font les étoiles, comme si c'était vraiment important. C'est une affaire de pouvoir. C'est...
Mémé marqua une pause et ressortit son mot favori pour décrire tout ce qu'elle méprisait chez les mages :
- ... de la jométrie.


Les annales du Disque-Monde – la huitième fille
Terry Pratchett
L'Atalante
Extrait p. 79


# Posté le mardi 22 janvier 2008 15:37

Modifié le mardi 22 janvier 2008 15:49

138- Les hérauts de Valdemar / la trilogie des flèches - les flèches de la reine

138- Les hérauts de Valdemar / la trilogie des flèches - les flèches de la reine
Fille des Holds, Talia a appris à réprimer ses émotions, à accomplir tous les devoirs d'une femme, et à craindre les hommes ; bref, à devenir une adulte avant l'heure. Cependant, lorsqu'à la veille de ses treize ans, sa famille manifeste sa volonté de la marier, c'est est trop : la fillette explose, proclame son rêve de devenir Héraut, et s'enfuit de chez elle. C'est sur ces entrefaites qu'elle rencontre Rolan, superbe Compagnon à la robe blanche. Le croyant perdu, elle décide de le ramener à Valdemar... sans savoir qu'elle a réellement été choisie, non pour devenir un simple Héraut mais le Héraut Personnel de la Reine !

Deux cents ans après l'histoire de Vanyel, les flèches de la reine présente la jeunesse de Talia. La jeune fille éprouve quelque peine à s'intégrer au Collegium, car son éducation lui a donné une idée des rapports humains bien différente des mentalités de Valdemar (plutôt tolérantes, qu'il s'agisse de culture, de religion, ou de sexe). Malgré la bonne volonté de son entourage, elle ne parvient pas à attribuer sa confiance aux autres ni à se faire des amis. De plus, alors qu'elle a la charge de dompter celle que tout le monde appelle la Furie, Elspeth l'Héritière, elle se voit visée par un mystérieux complot prêt à mettre sa vie en danger. Dans le même temps, elle doit entreprendre son apprentissage de Héraut ; petit à petit, elle trace son chemin et emprunte la voie déjà parcourue maintes fois par les précédents Hérauts Personnels de la Reine.

Loin des récits aventureux aux consonances dramatiques, le roman narre l'apprentissage de Talia au fil du temps, ses contacts avec autrui, ses cours, ses difficultés, son avancée dans la vie et son évolution psychologique. Après la disparition de la Magie véritable, les Hérauts se sont organisés autrement et il est assez intéressant de noter ces changements, bien que globalement, Valdemar soit un royaume évoluant assez peu (sans doute parce que le système se suffit avec tant d'efficacité qu'un changement radical n'est guère nécessaire).
Talia a la surprise de découvrir un royaume où règne l'égalité : égalité entre l'homme et la femme, égalité entre le serviteur et le Héraut, égalité entre le fils de duc et l'ancien mendiant. Outre ce choc des cultures, son Don l'entraîne rapidement vers de multiples rencontres et l'amène à côtoyer des personnes bien différentes les unes des autres. On y retrouve toutefois la tendance de Mercedes Lackey au manichéisme, les « méchants » se trouvant cette fois représentés par des élèves Bleus dont les pères auraient tout intérêt à ne pas voir Elspeth succéder à sa mère... mais tout cela fait partie du complot ourdi bien des années auparavant, et donc l'intrigue tient debout.
On peut relever une autre caractéristique de l'auteur qui peut se révéler perturbante : ses sauts d'un point de vue à un autre sans transition ; les gens très attachés à un unique point de vue en seront peut-être perturbés, pour ma part ce n'est pas le cas puisque je déteste être bloquée sur une unique opinion.
L'écriture n'est pas non plus exemplaire partout, en tout cas dans la traduction française : trop de participes présents, notamment, et des tournures pas toujours bien rendues.
Mais dans l'ensemble, encore un roman charmant, qui construit son propre univers et le développe au fil des ans...

Extrait

- Tout va bien, dit-elle en rendant la lettre au Héraut. J'aurais dû m'y attendre.
Elle était fière d'elle. Sa voix tremblant à peine, elle avait regardé Teren droit dans les yeux, sans ciller.
Le Héraut fut surpris et un peu inquiet de cette réaction. À son âge, elle aurait dû se laisser aller aux larmes. Au contraire, elle s'était repliée plus encore sur elle-même. Il craignit qu'un tel contrôle de ses émotions soit le signe avant-coureur de désordres profonds et violents : une brique de plus dans le mur que l'adolescente avait élevée entre elle et le reste du monde.
- J'aurais voulu pouvoir vous aider.
Teren était troublé ; il essaya de montrer à Talia qu'il était autant perturbé par la situation proprement dite que par son refus de montrer du chagrin.
- Je ne parviens pas à comprendre pourquoi ils ont répondu ainsi, ajouta-t-il.
S'il pouvait lui faire admettre que cela la rendait malheureuse, ça pourrait lui servir plus tard pour gagner sa confiance.
- Peut-être pourrions-nous envoyer un autre messager dans quelque temps... proposa-t-il.
Talia baissa les yeux. Pour elle, il n'y aurait pas de retour triomphal de l'enfant prodige. Même pour ses parents les plus proches, elle ne serait qu'une étrangère.


Les hérauts de Valdemar / la trilogie des flèches – les flèches de la reine
Mercedes Lackey
Pocket
Extrait pp. 112-113




# Posté le mardi 15 janvier 2008 16:06

Modifié le mardi 22 janvier 2008 15:46

137- Le ranch de l'étalon noir *

137- Le ranch de l'étalon noir *
À l'âge de 3 ans, Satan, le fils de Black, est au sommet de sa forme et c'est avec brio qu'il remporte le prix Belmont et, par la même occasion, la Triple Couronne. Comme le soulignent les journalistes enthousiastes, la vie sourit à Alec Ramsay, tout se déroule au-delà de ses espérances, il a tout pour être heureux...
Et pourtant ! Car le garçon, indiscutablement, n'est pas heureux. Satan lui apporte tout ce dont il rêvait, mais il n'est pas, il ne pourra jamais remplacer Black, et il se sent encore plus désappointé depuis que les journalistes et photographes se sont mis à lui dérober la propriété et l'affection de son cheval.
Alors qu'Alec, après une discussion musclée avec Henry, s'apprête à faire une croix définitive sur ses souvenirs avec l'étalon noir, un nouveau revers vient bouleverser sa vie. Car en mourant, Abou Ichak lui a légué Black ! Après quatre ans, Alec s'en retrouve officiellement propriétaire... mais les ennuis ne font que montrer le bout de leur nez. Car aussitôt viennent compliquer sa vie, non seulement les journalistes ayant rapidement éventé le secret, mais aussi la dernière volonté de l'ancien propriétaire de Black, une dernière volonté difficile et peut-être dangereuse à mettre en œuvre...

L'étalon noir fut d'abord un best-seller des années 50 avant de devenir une série de chevaux incontournable, un créneau aujourd'hui noyé par des licences commerciales de basse qualité littéraire comme Grand Galop ou Heartland.
Pourtant, au-delà des années, l'œuvre de Walter Farley n'a pas pris une ride et conserve toute sa force, tout son punch, toute sa fibre à la fois passionnée et aventureuse. L'amour de l'auteur pour les chevaux se ressent dans son texte, dans ses descriptions scrupuleuses, vivantes et énergiques, riches d'un vocabulaire précis et utilisé à bon escient.
On n'ira pas jusqu'à dire que la série relève du chef d'œuvre, loin de là ; mais dans la catégorie des ouvrages destinés à la jeunesse, sur tous les plans elle se montre supérieure à la production actuelle : intrigue plus détaillée, enjeux plus graves, texte plus développé, psychologies plus poussées (l'aveuglement d'Alec, les soupçons d'Henry, la torture de tous les deux face à l'inévitable interrogation : Satan, jeune crack, est-il plus rapide que Black, toujours lié à son légendaire exploit contre Cyclone et Sun Raider ?).

Dès le début, le talent de Walter Farley pour la mise en scène se dessine par la description dynamique de la course remportée haut la main par Satan, puis par le dialogue enjoué des journalistes qui sert également à retracer rapidement les deux tomes précédents (l'étalon noir et le fils de l'étalon noir). S'ensuit un contrecoup négatif où les nombreuses actions sans but d'Alec soulignent son désoeuvrement, son désarroi, pour aboutir sur un nouveau rebondissement.
Si tout se passe très rapidement, le roman n'en est pas bâclé pour autant : c'est plutôt qu'à la manière d'un film, les événements trouvent toujours le moyen de s'emboîter de la façon
idéale ; de tourments intérieurs en confrontations externes, de positions assurées en doutes croissants. Au final, nous tenons entre les mains un roman court (quoique plus long que certains que je ne citerai pas, mais je vais pas insister, on va m'accuser de prendre parti :p) mais détenteur d'une véritable aventure, d'une histoire qui bien qu'unique sent l'émotion et le vécu, qui possède le goût rêveur des classiques.
Pour tout adolescent qui aime les chevaux, la série des l'étalon noir devrait impérativement figurer en bonne place dans sa bibliothèque.

Extrait

Il ne pouvait s'empêcher d'admirer les brusques accélérations de Black sur la longueur et la largeur de cette prairie aux proportions en somme assez modestes. Il y avait certes une sorte de sauvagerie dans les moindres mouvements de l'étalon. Pourtant, avec quelle docilité il obéissait aux ordres qu'Alec lui donnait ! Et bientôt, sur ses injonctions, Black passa du grand galop au galop allongé. Un moment même, Henry le vit qui, sans ralentir, levait son antérieur droit comme pour frapper un oiseau qui s'envolait à quelques mètres de lui.
À courte distance de la barrière, il s'arrêta, toujours sur l'ordre d'Alec, et se mit à brouter.
Se détournant de la fenêtre, Henry chercha du regard ses chaussures. Lorsqu'il les eut trouvées, il s'assit au bord de son lit.
« Ce qu'il faudrait, disait-il à mi-voix, c'est que cette situation se prolonge aussi longtemps que possible. Tant qu'Alec et Black seront seuls ensemble, rien à craindre. Mais, si les journalistes ont vent que Black est ici, ils feront un tel raffut qu'Alec sera contraint d'engager l'étalon dans différentes épreuves. Alors, les choses changeront. Dès qu'il se trouvera sur une piste, dans le voisinage d'autres chevaux, Black ne pensa plus à son ami Alec. Or, moi, je n'ai pas envie d'être témoin d'une pareille situation. »


Le ranch de l'étalon noir
Walter Farley
Hachette jeunesse
Extrait p. 46

# Posté le mardi 15 janvier 2008 15:59

Modifié le mardi 22 janvier 2008 15:48