146- Shinobi **

146- Shinobi **
PS : Ceci est un article sur un livre et non sur un film...

XVIIème siècle, dans un Japon finalement unifié, gouverné par le shogun Tokugawa Ieyasu. Voilà que le dilemme de la succession se pose au monarque : doit-il privilégier son fils aîné, Takechiyo, en vertu du droit d'aînesse ; ou assurer l'avenir du pays en faisant fi des lois et en plaçant au pouvoir son fils cadet, Kunichiyo, beaucoup plus compétent ? Pour l'aider à se décider, on lui suggère de placer le sort entre les mains des dieux, plus concrètement : faire s'affronter des adversaires qui représenteront les uns Takechiyo, les autres Kunichiyo. Et si ces personnes sont au nombre de dix dans chaque camp, s'il s'agit de ninjas aux capacités surnaturelles ancestrales, personne n'y trouvera rien à redire ! C'est ainsi que le seigneur fait appels aux clans de Kôga et d'Iga, qui se vouent une haine farouche depuis plus de quatre siècles, et lève leur pacte de non-agression afin qu'ils s'affrontent !
Douloureux coup du sort ! Car ces deux clans s'apprêtaient à sceller définitivement leur paix par le mariage de Gennosuke de Kôga, petit-fils du chef Danjô, avec Oboro d'Iga, petite-fille de la vénérable Ogen... Sans le savoir, le couple se retrouve ennemi, et la guerre a déjà commencé !

Fûtaro Yamada met en scène dans Shinobi des ninjas que la consanguinité a pourvus de pouvoirs surnaturels. Le monde des ninjas diffère notablement de celui des samouraïs : l'honneur, en particulier, est une notion qui leur est inconnue, et dans leur lutte féroce tous les coups sont permis : mensonges, trahisons, tromperies, séduction, pièges les plus abjects. En ce sens, l'ingéniosité qu'ils déploient retient l'attention, et leurs techniques fascinent, malgré le côté fantastique trop exacerbé, surtout que l'auteur tend à vouloir les expliquer rationnellement par des théories farfelues dont il aurait pu se dispenser.
Son style, très visuel, hérite directement d'Eiji Yoshikawa avec la pierre et le sabre. Ainsi, on lit Shinobi comme on regarde une action rapide, avec maints détails où chaque mouvement trouve sa raison d'être et se révèle capable de décider du cours d'une vie, la sauvant ou l'abrégeant avant l'heure. Les machinations des uns se heurtent aux capacités des autres, et finalement c'est celui qui saura user au mieux de ses connaissances qui prendra l'avantage et arrachera la victoire.
L'écriture de l'auteur est des plus correctes, mais rien de fracassant non plus. Elle offrira une distraction avantageuse, avec notamment des descriptions à même de mêler la magnificence et la laideur, mais ne marquera pourtant guère l'esprit. Ajoutons que l'aspect cinématique et les nombreux personnages peuvent rendre l'action confuse et qu'une certaine concentration vous sera demandée à la lecture.
De ce côté, on peut penser que le manga adapté de ce roman, publié en 5 tomes sous le nom Basilisk, présente un avantage notable par rapport au livre puisqu'il possède, lui, le côté visuel dont ce dernier est cruellement dépourvu. D'autant plus qu'il est remarquablement adapté, aussi bien au niveau graphique qu'à celui de la mise en scène, et respecte le support d'origine au mouvement près ; les visages accordés aux différents shinobis permet alors de les identifier avec davantage d'aisance.
Dans une autre catégorie, vous aurez peut-être entendu parler du film qui, dans le même temps, a été licencié en France par Kaze. Le film, quant à lui, diffère du roman d'une façon conséquente ; comme si les Japonais, eux, s'étaient rendu compte depuis longtemps qu'une véritable adaptation relève quasiment de l'impossible et, de longue date, préféraient la relecture à la simple transposition. Ainsi, tout est modifié : les personnages, les pouvoirs, les caractères divergent de la structure d'origine ; le scénario est remodelé et contient quelques incohérences, dissimulées par les enjeux politiques où l'accent est clairement orienté ailleurs ; enfin, le nombre de guerriers est divisé par deux. Cependant, même s'il ne ressemble pas du tout au livre, Shinobi le film demeure un remarquable objet visuel que l'on ne saurait vous déconseiller.

Extrait

Entraîné dans un tourbillon obscur, Jôsuke serra Jingorô sous un bras et brandit son sabre de l'autre. À cet instant, le corps de son adversaire se métamorphosa.
Son corps entier se dilata considérablement, échappant à l'étreinte de Jôsuke, qui tenta de le rattraper, mais il lui glissa entre les doigts. Jôsuke fut de nouveau submergé sous la cascade. Pivotant sur lui-même dans les remous, il s'aperçut soudain qu'il avait perdu son sabre.
Lorsqu'il refit surface, gonflé comme un poisson-globe en colère, une chose horrible lui apparut un instant. Au-dessus de lui, adossée au creux d'un rocher, une créature le contemplait avec des yeux brillants. De sa peau gonflée et bleuâtre de noyé émanait une phosphorescence merveilleuse. Ses lèvres se fendirent d'un sourire satisfait, révélant la lame d'un sabre en travers de sa bouche. Jingarô ! Il avait repris son apparence originelle !


Shinobi
Fûtaro Yamada
Calmann-Lévy
Extrait pp. 89-90

# Posté le vendredi 15 février 2008 12:21

Modifié le samedi 01 mars 2008 08:52

145- Les hérauts de Valdemar / la trilogie des flèches - la chute de la flèche

145- Les hérauts de Valdemar / la trilogie des flèches - la chute de la flèche
La chute de la flèche s'enchaîne directement à l'envol de la flèche. De retour de sa mission de probation, Talia devient de plein droit le Héraut de la Reine ; mais elle se retrouve à nouveau au sein des rumeurs, des complots, et des multiples difficultés de la vie quotidienne. Kris, Dirk, puis Elspeth entrent peu à peu en conflit avec elle ; mais tout cela ne ferait-il pas partie des manigances dont Talia soupçonne depuis toujours le seigneur Orthallen, l'oncle de Kris ? De plus, l'offre de mariage du pays voisin pour Elspeth, à laquelle tous sont favorables, semble pourtant bien suspecte... et la mission dont se retrouve chargée Talia tourne au drame.

Après une année d'absence, notre héroïne retrouve l'univers du Collegium, avec ses leçons, ses devoirs, et ses nouvelles fonctions. Tout n'est pas plus calme pour autant, bien au contraire : un mystérieux adversaires semble plus décidé que jamais à non seulement saper son autorité, mais aussi à l'isoler de tous ceux sur lesquels elle pourrait compter... Assaillie de partout, Talia doit se tenir sur ses gardes.
La première moitié du livre renoue ainsi avec un côté quotidien et une évolution progressive des plus bienvenus ; cependant, la suite se révèle plus dramatique, peut-être un peu prévisible mais probablement plus réaliste que bien d'autres techniques littéraires. Et si Talia ne devait plus revenir ? Et si elle venait à disparaître en laissant derrière elle des disputes non résolues, des affaires non réglées, et tant de choses qu'elle regrette désormais ?
Sans aucun doute, les romans de Mercedes Lackey ne peuvent pas convenir à tout le monde, et certainement pas au férus de drames et d'action, ni à vrai dire aux gens trop regardants sur la qualité littéraire, mais après tout, Harry Potter est parvenu à séduire le monde entier avec un seul et unique cadre et une écriture discutable, alors bien des gens devraient devoir y trouver leur compte.
Mais si ce tome marque la fin de la trilogie des flèches, il ne s'agit pas pour autant de la fin de l'histoire d'Elspeth. Reprenant des éléments irrésolus du premier tome et constituant un immense prologue à la trilogie des vents, la chute de la flèche prépare le terrain pour la suite...

Extrait

Kris eut droit à un vrai lit, mais la jeune femme dut se contenter d'une paillasse dans les quartiers des Guérisseuses. Elle ne s'en plaignit pas. Les cauchemars qui l'avaient hantée toutes les nuits précédentes, l'avaient tant fatiguée qu'elle aurait pu dormir sur une halle de pierre.
Cette nuit-là, toutefois, les mauvais rêves semblèrent la laisser en paix. Était-ce la présence des Guérisseuses endormies autour d'elle ? Après tout, elle était une Empathe. Il se pouvait que ses songes soient une réponse à l'ambiance déprimante qui régnait dernièrement à la cour. Elle pensait avoir établi des boucliers assez solides pour résister à tout, mais elle avait été stressée ces derniers temps, et ce phénomène affectait ses capacités de bloquer les émotions des autres.
Quelle qu'en fût la raison, elle dormit pour la première fois depuis leur départ d'un sommeil réparateur ; au réveil, elle ne gardait qu'un vague souvenir de ses rêves.


Les hérauts de Valdemar / la trilogie des flèches – la chute de la flèche
Mercedes Lackey
Pocket
Extrait p. 135


# Posté le vendredi 15 février 2008 05:40

144- Les hérauts de Valdemar / la trilogie des flèches - l'envol de la flèche

144- Les hérauts de Valdemar / la trilogie des flèches - l'envol de la flèche
Devenue une jeune fille adulte et ayant reçu son uniforme blanc de Héraut, Talia doit de partir un an et demi en mission de probation. Elle prend la route avec son tuteur, Kris, vers les difficiles territoires du Nord dont elle est originaire. Hélas, les choses se compliquent très rapidement : non seulement elle laisse derrière elle la pauvre Elspeth seule face aux rumeurs les plus abjectes, mais elle pénètre de plein pied dans des provinces où sa propre réputation se révèle discutable ; pour ne rien arranger, son Don, si singulier chez les Hérauts et pour lequel elle n'a jamais reçu la formation adéquate, échappe de plus en plus à son pouvoir et devient incontrôlable et destructeur...

L'envol de la flèche
narre la mission de probation de Talia. Une fois de plus, le roman oublie le suspens pour se concentrer exclusivement sur son évolution : l'héroïne de l'histoire, c'est Talia, le sujet du roman, c'est Talia, et d'une façon générale, la trilogie des flèches, c'est Talia ! Celle-ci, en proie aux doutes, à la peur, au désespoir, en confrontation avec elle-même et autrui, mais aussi aux prises avec l'amour et l'affirmation de soi, se verra métamorphosée bien avant la fin de sa mission.
Là encore, ne vous attendez pas à un roman d'aventures, même si d'aventures vous n'en manquerez point : les flèches est d'abord un récit initiatique, la vie d'une fille qui devient femme, dans un monde où toute l'aide possible est accordée face aux difficultés, mais encore faut-il la voir et l'accepter...

Extrait

Talia et Rolan filèrent comme le vent. Longtemps après la tombée de la nuit, la jeune femme but et grignota sans descendre de selle, et y somnola même un moment. La lune était pleine et éclairait le chemin. Le bruit de leur passage dérangeait la faune, régulièrement, un oiseau s'envolait ou un petit mammifère détalait devant eux. Ce fut un voyage étrange, une chevauchée folle qui semblait mener nulle part.
Peu avant l'aube, ils s'arrêtèrent brièvement pour prendre un peu de repos. Tous deux burent un peu d'eau de la gourde de Talia, celle de l'étang près duquel ils s'étaient arrêtés étant trop froide pour être consommée immédiatement. Puis elle emplit sa gourde et la réchauffa contre son corps pour faire boire Rolan jusqu'à ce qu'il n'en veuille plus. Quand elle eut rempli le récipient une dernière fois pour l'emporter, la pénible chevauchée recommença.


Les hérauts de Valdemar / la trilogie des flèches – l'envol de la flèche

Mercedes Lackey
Pocket
Extrait p. 124

# Posté le jeudi 07 février 2008 03:51

143- Le Bon Gros Géant

143- Le Bon Gros Géant
Une nuit, Sophie brave le règlement de l'orphelinat et ose se lever de son lit pour regarder par la fenêtre. Et qu'aperçoit-elle ? Un géant ! Aussitôt, celui-ci, craignant d'être découvert, l'enlève et l'emporte dans sa maison, au Pays des Géants. Heureusement pour elle, Sophie a rencontré le Bon Gros Géant, qui ne ferait pas de mal à une mouche, qui chasse les rêves pour les souffler aux enfants. Ce qui n'est pas le cas des autres géants qui, nuit après nuit depuis toujours, se déplacent à travers le monde pour se délecter d'humains... Sophie parviendra-t-elle à faire cesser cette odieuse pratique ?

Roald Dahl s'adresse aux tous jeunes enfants, donc évidemment il ne faut pas chercher de profondeur ou de cohérence dans ses récits ! Il n'y en a pas vraiment, mais pour le jeune public ces livres conviennent parfaitement, ils sont à la fois drôle, loufoques et aventureux, avec juste ce qu'il faut de danger mais cela reste amusant ! Evidemment pour les adultes ça ne convient pas, mais si vous avez des enfants, achetez-leur du Road Dahl, car comment résisteraient-ils à ces récits – pas si évidents à écrire une fois l'innocence de l'enfance évanouie ! En tout cas mois j'aimais bien, même si maintenant ça ne me correspond plus trop, je continue d'apprécier les livres de Road Dahl et je les passerais volontiers à mes petites s½urs - si j'en avais, évidemment.

Extrait

« Bientôt, cette brute va revenir, pensa Sophie, et regarder ce qu'il y a sur la table. » Il lui était impossible, cependant, de s'échapper en sautant à terre. Elle se serait cassé une jambe. Et le schnockombre, tout grand qu'il fût, ne pourrait plus la cacher si le Buveur de sang se mêlait de vouloir le prendre. Elle examina l'extrémité mâchonnée du légume. Il y avait de gros pépins au milieu, chacun de la taille d'un melon. Ils étaient nichés dans une matière molle et gluante. En prenant soin de rester hors de vue, Sophie s'avança et arracha une demi-douzaine de ces pépins, ménageant ainsi au milieu du schnockombre un espace suffisant pour qu'elle pût s'y blottir en se roulant en boule. Elle se glissa dans cette cachette humide et visqueuse en pensant que c'était un moindre mal, comparé à la perspective d'être dévorée par le géant.
Le Buveur de sang et le BGG revenaient à présent vers la table. Le BGG se sentait presque défailli sous l'effet de la frayeur. A tout moment, Sophie pouvait être découverte et aussitôt avalée. Or, soudain, le Buveur de sang saisit le schnockombre. Le BGG contempla alors la table vide.
« Où es-tu ? pensa-t-il et il était au désespoir. Tu n'as pas pu sauter de cette table, elle est trop haute. Où te caches-tu donc, Sophie ? »


Le Bon Gros Géant

Roald Dahl
Folio junior
Extrait pp. 67-68

# Posté le jeudi 07 février 2008 03:43

142- La mort en été

142- La mort en été
NOTE : La couverture ci-contre est celle des éditions Folio. Ce n'est pas la version que j'ai moi-même lue.

La mort en été présente dix nouvelles de Yukio Mishima : la mort en été, trois millions de yens, bouteilles thermos, le prêtre du temple de Shiga et son amour, les sept ponts, patriotisme, Dojoji, Onnagata, la perle et les langes. Plusieurs d'entre elles sont également disponibles dans un recueil folio à deux euros sous le titre Dojoji et autres nouvelles.

Ces nouvelles sont toutes très variées et explorent des univers bien différents, tous liés au Japon ancestral, sous des formes diverses. Chaque texte possède sa propre force, portée par l'écriture puissante de l'auteur. La tragique patriotisme, par exemple, narre le rite seppuku d'un général de l'armée ; la perle est un récit plus amusant racontant les amitiés entre cinq femmes, qui se font et se défont à cause de la perte malheureuse d'une perle ; les sept ponts se penche sur les rêves de trois femmes qui accomplissent une vieille tradition dans l'espoir de voir leur v½u réalisé.

Bon voilà, comme je ne sais pas chroniquer les recueils de nouvelles je ne vais pas en ajouter davantage, mais en tout cas j'ai adoré ces nouvelles et je me sens prête à en lire d'autres textes de cet auteur que j'aime de plus en plus...

Extrait

Le grand Prêtre découvrit un plaisir nouveau à orner de diverses manières sa vision de la dame, tout à fait comme s'il ornait de diadèmes et de guirlandes une statue du Bouddha.
Ce faisant, il transformait l'objet de son amour en une créature de plus en plus resplendissante, lointaine et impossible, ce qui le combla d'une joie toute spéciale. Mais pourquoi ? Il aurait été sûrement plus naturel de voir dans la Grande Concubine Impériale une femme ordinaire, proche et imparfaite comme tous les humains elle aurait pu ainsi lui être de quelque profit, au moins en imagination.
Il réfléchit à la question, et la vérité se fit our. Dans l'image qu'il en traçait, la Grande Concubine Impériale n'était pas une créature de chair, non plus qu'une simple vision : elle était un symbole de la réalité, un symbole de l'essence des choses. Poursuivre cette essence dans l'image d'une femme était certainement étrange. Et cependant, la raison n'en était pas difficile à trouver. Même en tombant amoureux, le Grand Prêtre de Shiga n'avait pas abandonné l'habitude à laquelle il s'était astreint, durant ses longues années de contemplation, de tenter d'approcher de l'essence des choses par la pratique constante de l'abstraction.
La Grande Concubine Impériale se confondait désormais avec sa vision de l'immense lotus aux deux cent cinquante yojanas. Étendue sur les eaux, et soutenue par toutes les fleurs de lotus, elle était plus vaste que le mont Sumeru, vaste beaucoup plus qu'un royaume.


La mort en été - nouvelles

Yukio Mishima
Gallimard
Extrait p. 105 (le prêtre du temple de Shiga et son amour)

# Posté le jeudi 31 janvier 2008 12:01