1- Tristan et Iseut *

1- Tristan et Iseut *
COUP DE COEUR

Qui ne connaît pas la légende de Tristan et Iseut ?

Comme vous vous en doutez sûrement, je n'ai donc pas lu ce livre pour l'intrigue, mais bien parce que l'adaptation en gros roman m'intéressait.
Pour les incultes profonds, Tristan et Iseut est donc une très vieille histoire, de la même source que les récits arthuriens, racontant l'amour impossible entre Iseut, reine de Cournouailles et Tristan, neveu du roi Marc.
Finalement, ce qui m'a le plus marqué dans cette lecture, c'est le souffle littéraire de l'auteur, très poétique, demandant presque une période d'adaptation. Jacques Cassabois maîtrise les mots et les phrases à la perfection, et malgré une utilisation du présent qui m'a un peu perturbée au début (pas habituée), ses phrases sont un véritable enchantement sonore, ses syntaxes sont accrocheuses et déclenchent l'envol du lecteur vers le monde ancien des chevaliers et des dames.
Sinon, la légende est tous points respectée, du combat contre Morholt pour délivrer la Cornouailles de son tribut à l'Irlande, au saut de Tristan de la fenêtre de la chapelle pour échapper au bûcher, en passant par la clémence du roi Marc découvrant les amants endormis mais séparés par une épée.

Redécouvrir cette légende inoubliable est un éternel enchantement, et quand le récit est porté par un tel talent d'écrivain, on ne peut que s'en réjouir.

(A noter qu'une autre version de Tristan et Iseult est chroniquée sur ce blog, il s'agit du rivage des adieux, roman n°33.)

Extrait :

Tristan cède la place à son maître et traverse la nef dans sa longueur, jusqu'à la proue. Il veut être seul. Il ne parle à personne. La moindre parole serait une offense à l'intensité de l'instant qui vient de s'écouler. Il marche, les yeux d'Iseut noyés dans ses yeux, la main d'Iseut soudée à sa main, la voix d'Iseut enroulée à sa voix, tels deux lierres le long d'un arbre, en quête de lumière.
Il parvient au gaillard d'avant, haletant comme s'il avait couru pendant des jours entiers, et là, il se dresse pour apaiser la tempête aride qui mugit dans son corps. Mais le vin est puissant et son pouvoir s'accroît. Il déchire sa poitrine, lacère son ventre et ses cuisses. Le vin est un feu qui lui rappelle l'incandescence du dragon.
Iseut subit le même supplice. Il le sait. Sa main lui en a fait confidence. Sa main frêle à la peau de velour, sa main silencieuse a fredonné :
- Je souffre de toi, comme tu souffres du moi.
Elle a chanté ces mots et sa voix était plus mélodieuse que toutes les symphonies de la forêt.


Tristan et Iseut - Jamais l'un sans l'autre
Jacques Cassabois
Hachette Jeunesse, 2006
Extrait p. 202

# Posté le mercredi 08 novembre 2006 04:51

Modifié le lundi 28 avril 2008 06:49