151- Terremer - Tehanu

151- Terremer - Tehanu
Après avoir été ramenée d'Atuan par Ged, Ténar a renoncé à la magie et traversé la vie comme une paysanne ordinaire. À présent veuve, elle veille sur la maison qui appartient dorénavant à Etincelle, son fils devenu marin, tout en veillant sur Ogion qui touche à la fin de sa vie. Quand Ténar rencontre Therru, une petite fille complètement défigurée par le feu, la moitié du corps détruit au point que plus personne ne croit à ses chances de vivre, elle la prend sous son aile et l'adopte, sans vraiment savoir pourquoi... Bientôt, Ged ressurgit, mais les événements de l'ultime rivage l'ont bien changé, et il n'est plus l'archimage qu'il était...

Quatrième et dernier livre de Terremer, Tehanu pose Ténar en tant que personnage principal ; à partir de son point de vue, nous assistons à la vie des habitants de Gont, à son inimité avec Tremble et sa sympathie pour Mousse la sorcière, mais aussi à l'évolution progressive de Ged et Therru. Si l'on se demande vaguement comment s'en sortira le premier, la seconde est véritablement l'objet de toutes les interrogations : qui est-elle réellement, et surtout, pourquoi Ogion a-t-il fait à son sujet cette impressionnante prédiction ? Les événements, narrés sans la portée dramatique d'autres ½uvres de fantasy mais non moins dépourvus d'intérêt – bien au contraire, les retournements de situation ayant tendance à surgir au moment où l'on s'y attend le moins – voient s'opposer celui qu'on nomme Touche-à-Tout, le tourmenteur de Therru, à Lebannen venu à Gont à la recherche de l'éventuel successeur de Ged.

Pénétrer dans l'univers de Terremer, c'est pénétrer dans un monde vivant, si réel qu'on oublierait presque de s'extasier devant sa construction équilibrée et riches de détails infimes qui en font toute la force, le tout peuplé de personnages attachants – ou détestables mais l'effet est le même - qu'on croirait connaître depuis toujours.
Terremer, je ne vais pas le cacher, est probablement mon cycle préféré et le restera longtemps ^^.

Extrait

- Il m'a acceptée parce que tu m'as confiée à lui. Il ne voulait plus de disciple après toi, et il n'aurait jamais pris de fille sauf de ta part, à ta demande. Pourtant, il m'a aimée, il m'a rendu honneur, et en retour je l'ai aimé et honoré. Mais il était incapable de me donner ce que je voulais, comme moi j'étais incapable de recevoir ce qu'il avait à me donner. Il le savait. Mais, Ged, les choses se sont passées différemment quand il a vu Therru. La veille de sa mort. Tu affirmes, comme Mousse, que le pouvoir sait reconnaître le pouvoir. J'ignore ce qu'il a discerné en elle, mais il a dit : « Apprends-lui ! ». Et il a dit...
Ged était tout ouïe.
- Il a dit : « Ils la craindront. » Puis il a jouté : « Apprends-lui tout ! Pas Roke. » Je ne sais pas ce qu'il voulait dire. Comment le saurais-je ? Si j'étais restée ici avec lui, j'aurais pu le savoir, être capable de la former. Mais je me suis dit : Ged va revenir, lui saura ils saura quoi lui apprendre, ce qu'elle a besoin de savoir, ma petite maltraitée.
– Mais je ne sais rien, dit-il, parlant très bas. J'ai vu... En cet enfant, je n'ai vu que... l'injustice qui lui a été faite. Le mal.
Il but son verre d'un trait.
- Je n'ai rien à lui apprendre, murmura-t-il.


Terremer – Tehanu
Ursula Le Guin
Robert Laffont
Extrait p. 107


# Posté le dimanche 16 mars 2008 15:54

150- L'Autre - la huitième porte

150- L'Autre - la huitième porte
Alors, ne faites pas comme moi, ne commencez pas par la huitième porte. En fait c'est le tome 3, mais l'auteur de ce blog est une nouille qui prend les livres sans lire le quart de couverture...
Quoiqu'il en soit, rassurez-vous, ce n'est pas particulièrement gênant (ce qui est plutôt un gage de qualité moyenne au niveau de l'½uvre, à mon humble avis...). Même sans les avoir lus, il est facile de deviner ce qu'il s'est passé dans les tomes précédents et comment ils sont terminés (selon un schéma utilisés dans maintes trilogies, du type victoire / défaite / victoire, et qui est tellement novateur qu'il a par exemple été utilisé dans le cinquième anneau, qui fait partie de mes lectures récentes (voir quelques articles plus loin)...
Bref, vous l'aurez je pense déjà compris, l'Autre est une lecture qui ne m'a pas du tout charmée. Autant abandonner le langage formel et la politesse, et y aller franco, car pour être brève, je dirai tout simplement que ce livre m'a beaucoup déçue.
Non seulement il utilise le schéma dont je viens de parler, mais il manque tellement d'originalité que n'importe qui aurait pu écrire l'histoire à la place de l'auteur.

Donc. La huitième porte met en scène Elio, le fils du héros et de l'héroïne des tomes précédents, qui très étrangement ont fini par se marier. Il vivait heureux jusqu'au jour où des créatures inconnues attaquent et détruisent son village (c'est d'une originalité, je sais). Forcé de s'enfuir, séparé de ses parents (c'est toujours aussi original), il trouve refuge dans une maison mystérieuse, à laquelle il ne comprend goutte, jusqu'à ce qu'un vieil ami l'emmène et le garde à l'abri quelque temps ; période de repos qui hélas de ne dure guère, puisque bien vite, du haut de ses neuf ans, Elio va devoir prendre en main son destin et user de son héritage pour réussir, seul, là où ses ancêtres ont jadis échoué : vaincre l'Autre, un ennemi tout-puissant, une bonne fois pour toutes (eh oui, on est toujours dans l'originalité la plus suprême).

Les bases, ou plutôt, les stéréotypes posés, le récit rencontre quelques autres problèmes. Notamment un début trop rapide, sans présentation de la vie quotidienne des personnages (au final on ignore ce qu'Elio a perdu exactement), suivi d'une attente trop longue durant laquelle il se passe rien hormis des portes ouvertes au hasard. Le lecteur est censé déjà connaître les lieux, mais Elio pas, donc si on se place de son point de vue, on ne comprend magnifiquement rien, et les explications ne se décident pas à venir. Finalement on suit une intrigue qui commence sur le tard, après un début d'un linéaire lénifiant...
L'intrigue se poursuit de la façon la plus classique qui soit. Le héros apprend son destin et l'assume, puis il prend ses décisions à la surprise générale, et a finalement raison. Il se déplace du point A au point B, puis du point B au point C. Chaque fois, il découvre un indice qui lui indique la prochaine direction à prendre. Finalement il se retrouve face à un choix terrible, qu'il prend facilement lors d'un passage aussi émouvant et angoissant qu'une tondeuse à gazon.

Les personnages, malheureusement, ne relèvent guère le récit. Si Rafi a sans doute joué un rôle prédominant dans les tomes précédent, il s'efface bien vite dans le cas présent ; d'autres tels qu'Elise, Barthélémy, ou Eryn ne sont pas du tout développés alors qu'on aurait pu s'y attendre, ce qui est très décevant ; d'ailleurs, plusieurs d'entre eux jouent un rôle de deus ex machina particulièrement agaçant, puisque ça donne des roulettes au héros...
Héros dont on ne sait trop que penser, sinon que, héritage des Sept Familles ou non (détrompez-vous, on n'est pas dans le jeu de cartes, même si j'y ai aussi pensé...), il n'agit pas comme un garçon de neuf ans. Bien sûr on n'arrête pas de nous ressasser qu'il est unique, exceptionnel, et que c'est inhabituel et blablabla, OK OK on a compris, mais il n'en reste pas moins que son côté responsable, ses instincts et autres ne peuvent être expliqués par ses pouvoirs (dont la seule présence le rend un peu trop puissant, on dirait bien). N'empêche, c'est un héros singulier, qui n'a aucune personnalité, à la fois commun et unique, déroutant de toute façon, mais pas forcément en bien, au contraire même.
Et on ne dira rien sur Nathan et Shaé qui sont carrément réduits à un rôle de potiches, dont les apparitions se résument au début et à la fin, avec un milieu qui lui aussi exsude l'originalité.

Au niveau de l'écriture, Pierre Bottero continue d'avoir la maîtrise, et semble même rechercher un style personnel ; hélas, ses essais vont plutôt dans le mauvais sens, avec un abus de ces fameux passages où les phrases courtes succèdent aux retours à la ligne, toujours organisées par groupes de trois éléments, ce qui finit par se remarquer dès lors qu'il y en a trop. Et si cette tournure avant tendance à faire le charme du Pacte des Marchombres, dans l'Autre, utilisée à l'excès, elle plombe le récit...

Bref, cet avis bien sûr ne tient qu'à moi. Je lirai quand même les deux tomes précédents, si je les trouve à la biblio, pour voir s'ils me confirment dans cette triste impression, mais je ne suis pas particulièrement optimiste...

Extrait

Alors que le regard de l'Inspecteur s'approchait de lui, Elio perçut le déchirement d'un voile dans son esprit.
Les Helbrumes vivent dans les confins de Mésopée. Dépourvus de forme et d'âmes, ils prennent corps par la force du Pouvoir. Voués au mal et à l'obéissance servile, ils sont les serviteurs des causes noires. Dans la hiérarchie de l'ombre, ils sont la lie, les laquais. Les Helbrumes possèdent un cerveau frustre et sont incapable d'effectuer des projets à long terme. Ils apprennent en revanche très rapidement et cette caractéristique, ajoutée à leur don de mimétisme et à leur puissance physique, fait d'eux de redoutables adversaires.
Le Helbrume posa les yeux sur Elio. Avec un grognement inhumain, il se précipita en avant. Elio le vit arriver sur lui à une vitesse folle et réagit sans réfléchir. Alors que le Helbrume n'était plus qu'à deux mètres, il souleva sa table avec une force qu'il ne soupçonnait pas et la jeta sur lui.
Le Helbrume la reçut en pleine poitrine et s'effondra, entraîna dans sa chute un groupe d'élèves qui hurlaient.
Sans attendre, Elio ouvrit la fenêtre.
La classe se trouvait au premier étage du premier.
Au-dessous, le béton de la cour.
Dur et sans pitié.
Elio sauta.


L'Autre – la huitième porte
Pierre Bottero
Rageot
Extrait pp. 112-113

# Posté le mercredi 05 mars 2008 12:17

149- CHERUB - Chute libre *

149- CHERUB - Chute libre *
Tout comme il avait l'habitude de le faire avant son entrée à CHERUB, James a craqué sous l'effet de la contrariété et frappé un innocent. Mis à mal avec la direction de l'organisation, et exilé par ses anciens amis, il accepte avec un certain soulagement la mission qui lui est confiée : enquêter sur un truand de quartier aux activités douteuses. C'est ainsi qu'il emménage avec Dave dans un quartier de Palm Hill où, aussitôt, il se met en devoir d'infiltrer la famille Tarasov.

Cette fois, pas de danger surhumain, pas de mission classée « risque élevée » ; eh oui, un agent ne peut pas se voir confier uniquement des missions dangereuses ! Pourtant, contrairement à ce qu'on aurait pu craindre après l'intensité psychédélique d'Arizona Max, la tension, dans ce tome, ne retombe absolument pas. Bien au contraire ; l'aventure a beau se révéler plus routinière, l'auteur sait exploiter les ficelles du suspens et il en use avec talent !
Entre l'entraînement à CHERUB, puis la description de la vie à Palm Hill, enfin les démêlés de James sur tous les plans, on ne s'ennuie pas une seconde, restant perpétuellement à l'affût d'un nouvel indice ou d'un retournement de situation. Nos jeunes héros jouent le jeu avec brio, en voient des vertes et des pas mûres, séduisent des filles, atterrissent en prison, et peu à peu, pénètrent dans le monde de Tarasov, révélant lentement un complot d'une ampleur inattendue, dans lequel la police elle-même se trouve impliquée...

Chute libre, ce n'est pas Trafic, ce n'est pas Arizona Max, mais c'est du CHERUB. Et définitivement, c'est du bon. Du très bon, même.

Extrait

- T'as un casier, Dave ? demanda Pete.
- Disons que j'ai fait quelques conneries, répondit ce dernier en baissant les yeux.
CHERUB avait soigneusement réglé chaque détail du scénario de couverture de ses agents pour maximiser leurs chances de s'attirer la sympathie de Léon Tarasov. L'état de la Ford faisait partie de ce plan, tout comme le passé de délinquant supposé de Dave et sa situation financière précaire.
- Je me suis fait coincer au volant d'une voiture volée, il y a deux ans, précisa le jeune homme. Je pensais qu'ils allaient me foutre en taule, mais ils m'ont collé dans un centre éducatif où j'ai appris deux-trois trucs en mécanique.
James vit une lueur briller dans l'½il de Léon. Il ne put réprimer un sourire. L'entreprise de manipulation montée par CHERUB fonctionnait comme prévu.
- Tu sais, Dave, dit l'homme en croisant ses doigts boudinés, mon frère et moi, quand on a échoués dans ce pays, il y a plus de trente ans, on possédait en tout et pour tout deux paires de bottes en caoutchouc et des combinaisons qui puaient le poisson pourri. Alors, quand je vois des gamins comme toi et James, eh ben, ça me fait quelque chose. Je vais voir ce que je peux faire pour vous aider.


CHERUB – Chute libre
Robert Muchamore
Casterman
Extrait p. 123

# Posté le vendredi 29 février 2008 11:56

148- Le cinquième anneau - l'héritage des anciens

148- Le cinquième anneau - l'héritage des anciens
Cinq ans ont passé depuis la défaite de nos héros face à Teanna d'Elso. Malgré tout le temps qu'il y a consacré, Matthieu, devenu marin, n'est pas parvenu à se rapprocher ne serait-ce qu'un peu de son anneau. Alors qu'est annoncé un nouveau procès pour l'ancien roi Gawl, frère Thomas, lui aussi toujours emprisonné, parvient à prendre la fuite. Nos amis se retrouvent et reprennent leur quête pour tenter de libérer l'Elgaria... Mais déjà, l'équilibre des forces se modifie ! Une menace imprévue se profile en la personne de Shakira, reine des Orlocks, elle aussi en possession d'un anneau... Les vieilles querelles, les vieilles haines, les vengeances non accomplies ne seraient-elles pas à oublier ?

J'avais lu les deux premiers tomes du cinquième anneau il y a vraiment longtemps, donc je ne saurais m'en rappeler précisément ; mais c'était l'histoire d'un garçon qui doit prendre la fuite pour meurtre, se retrouve en possession d'un anneau capable d'accomplir de grandes choses et finit par se retrouver sur les champs de bataille. Rien de très original, donc ; tout dans ce livre est directement inspiré du seigneur des anneaux, mais il n'est pas à jeter pour autant, car dans la déferlante des livres de fantasy destinés aux jeunes, il tire assez honorablement son épingle du jeu.

Tout d'abord, par le style qui sans être parfait, ni spécial, ni dépourvu d'erreur, s'émancipe malgré tout de la facilité et de la niaiserie. Une place non négligeable est accordée aux descriptions et au développement de la psychologie des personnages (même si après quatre ans d'absence, ils se retrouvent comme s'ils s'étaient quittés la veille, mais c'est un défaut moindre). De plus, la thématique concernant l'évolution caractérielle de Teanna d'Elso est plutôt intéressante ; vue comme la grande méchante dans le tome 2, elle se révèle une alliée potentielle dans le tome 3, la situation ayant dégénéré au point que laisser les vieilles querelles de côté est devenu la seule manière de survivre.
L'intrigue est divisée en plusieurs partie, avec d'un côté Matthieu, Lara, Colin, Thomas et Ceta (si j'oublie personne) toujours à la recherche de l'anneau, et de l'autre, James et Gawl qui essaient de s'en sortir au mieux d'un point de vue politique. Shakira, une église émergeante et Teanna d'Elso et ses cousins constituent alors deux autres pôles d'influence, dont il leur faudra tenir compte dans leurs calculs.
Finalement, le livre est plutôt bien construit, même s'il ne révolutionne pas la fantasy. Cependant, le côté science-fiction explique certains des stéréotypes (par exemple, si « orlock » ressemble à « ork », ce n'est pas une coïncidence mais un choix de leurs ancêtres), ce qui est à noter car l'auteur semble conscient qu'il n'invente rien, et c'est tout à son honneur.

Extrait

Matthieu ne bougeait pas. Il s'interrogeait sur la marche à suivre. Il était convaincu d'être capable de maîtriser les deux hommes qui se tenaient devant lui. Mais trois ? Et après ?... Se battre pour rejoindre la chaloupe et essayer ensuite de ramer jusqu'au navire tout seul ? Il ne pouvait absolument pas compter sur Edrington. S'ils en arrivaient aux mains, ce pantin ne se contenterait pas d'être inutile, il risquait de représenter un véritable obstacle. Pour tout couronner, il ignorait si l'équipage du petit canot était encore en vie. D'après les expériences antérieures qui l'avaient opposé aux Vargothans, il ne pouvait s'attendre à aucune compassion de leur part.
Mieux vaut tomber au combat que d'être pendu à l'extrémité d'une vergue, se dit-il.
LaCora dégaina son épée et Matthieu l'imita.


Le cinquième anneau – l'héritage des anciens

Mitchell Graham
Éditions du Rocher
Extrait p. 57

# Posté le vendredi 29 février 2008 11:29

147- CHERUB - Arizona Max

147- CHERUB - Arizona Max
Sur le point d'être collé pour une nouvelle punition, James est choisi in extremis pour une mission particulièrement dangereuse : celle de s'infiltrer dans la prison pour mineurs Arizona Max et d'aider l'un des détenus à s'en évader, en espérant que ce dernier les conduise sur la piste d'une des criminelles les plus recherchées de la planète. James accepte et, accompagné de Dave Moss, une légende de CHERUB, il est arrêté et emprisonné. À peine a-t-il mis un pied dans le milieu carcéral qu'il comprend que les nombreuses mises en gardes qui lui ont été données n'étaient en rien mésestimées : à chaque seconde, le danger le guette, prêt à frapper au moindre instant d'inattention...

Ce troisième tome exploite de nouveaux personnages; donc, pas de Kyle ni de Kerry, en revanche la part belle est accordée à Lauren, la s½ur de James, qui vient d'obtenir son t-shirt gris et est envoyée avec lui pour sa première mission.
Robert Muchamore nous projette une nouvelle fois dans un univers particulièrement réaliste, ne lésinant pas sur les moyens pour décrire la cruauté du milieu, qu'il s'agisse des détenus entre eux ou des gardiens envers les détenus. Sans jamais verser dans le gore ou la gratuité, il ne mâche pourtant pas ses mots pour esquisser la gravité d'une action et ses conséquences. Cet équilibre sans cesse maintenu entre violence et retenue donne beaucoup de crédibilité à son récit, et l'agrémente d'une dureté qui pourtant, jamais ne franchit les limites.

À cela nous ajouterons des protagonistes particulièrement travaillés, ne correspondant pas toujours à nos attentes mais après tout, il s'agit d'un cas de figure relativement fréquent dans la vie quotidienne. Celui qui, cette fois, nous touchera le plus est très certainement Curtis Oxford, la cible de James, condamné à la prison à perpétuité pour avoir assassiné trois personnes après s'être enfui d'un complexe militaire au volant d'une voiture volée.
Définitivement, Robert Muchamore ne se contente pas de faire des criminels des méchants stéréotypés au rire carnassier et aux rêves démesurés. Derrière le meurtrier se cache un être humain, derrière le carnage se dissimule une souffrance démesurée. Ainsi, au contact de Curtis Oxford, James fait la connaissance d'un être à la sensibilité à fleur de peau, victime de sa naissance et des événements, qui sans cesse oscille entre assurance tranquille et déprime suicidaire. Entre les agressions qui visent tout nouveau venu à Arizona Max, les courses-poursuites avec la police et l'½il qu'il doit garder sur celui qui devient à la fois son ennemi et son protégé, tout ça pour rejoindre une criminelle à la prudence aussi exacerbée qu'impitoyable, James n'a de cesse de zigzaguer d'un danger à l'autre...

Sa tâche n'est pas facile. À chaque seconde, il lui faut se montrer sur le qui-vive, jouer un jeu qu'il ne voudrait pas forcément jouer. Pour s'attirer la bonne grâce des mauvais et remplir sa mission, il se voit obligé de se livrer à des actes qui le dépassent, l'effraient ou lui répugnent, comme de trahir un ami qui lui avait tendu la main dès le jour de son arrivée.
Pourtant, James n'est pas non plus irréprochable. Entre les mailles de sa mission se profile sa vie et l'évolution de son caractère ; bien qu'ayant la tête sur les épaules, et bénéficiant d'un sang-froid à toute épreuve, James demeure un adolescent ; il reste immature dans bien des domaines tandis que dans d'autres, sa morale ne semble pas encore parfaitement établie...

CHERUB possède toutes les qualités d'un thriller d'espionnage diablement efficace... la crédibilité en plus. Si le concept des jeunes espions reste parfois difficile à concevoir, tout le reste tourne autour de situations d'un réalisme impressionnant.

Extrait

- Rose, gronda le superintendant Bob Frey, le petit homme gras qui lui avait écrasé le pied en signe de bienvenue.
Il plaqua James contre le mur du bloc.
- Tu es arrivé dans mon quartier il y a quinze heures, je me trompe ?
- À peu près, monsieur.
- J'ai déjà deux détenus à l'infirmerie. L'un a le nez cassé et une commotion cérébrale. L'autre a subi de graves dommages aux cervicales. Tout ça va nous coûter des dizaines de milliers de dollars en frais médicaux.
James se balança d'un pied sur l'autre, mal à l'aise, ne sachant que répondre.
- En plus, j'ai été contraint de coller ton frère au trou, poursuivit l'homme. Tu as déjà fait un tour au trou, mon garçon ?
- Non, monsieur.
- Je t'explique. Pas de lumière, pas de ventilation, pas de vêtements, pas de WC. On nettoie la cellule au Kärcher une fois par jour, comme la cage d'un animal. Si tu nous poses des problèmes, c'est là que tu finiras. Compris ?
- Oui, monsieur. Combien de temps mon frère va y rester ?
- Un certain temps, gronda Frey. Allez, disparais de ma vue !
Tout en avançant dans la cour baignée de soleil, James regarda dans le sac en papier : il contenait un quart de lait tiède, trois fruits blets et un muffin un peu sec, mais ce petit déjeuner avait le mérite d'être comestible et propre à apaiser la faim qui le tenaillait.


CHERUB – Arizona Max

Robert Muchamore
Casterman
Extrait p. 129

# Posté le dimanche 24 février 2008 17:24

Modifié le lundi 25 février 2008 06:33