Alors, ne faites pas comme moi, ne commencez pas par la huitième porte. En fait c'est le tome 3, mais l'auteur de ce blog est une nouille qui prend les livres sans lire le quart de couverture...
Quoiqu'il en soit, rassurez-vous, ce n'est pas particulièrement gênant (ce qui est plutôt un gage de qualité moyenne au niveau de l'½uvre, à mon humble avis...). Même sans les avoir lus, il est facile de deviner ce qu'il s'est passé dans les tomes précédents et comment ils sont terminés (selon un schéma utilisés dans maintes trilogies, du type victoire / défaite / victoire, et qui est tellement novateur qu'il a par exemple été utilisé dans le cinquième anneau, qui fait partie de mes lectures récentes (voir quelques articles plus loin)...
Bref, vous l'aurez je pense déjà compris, l'Autre est une lecture qui ne m'a pas du tout charmée. Autant abandonner le langage formel et la politesse, et y aller franco, car pour être brève, je dirai tout simplement que ce livre m'a beaucoup déçue.
Non seulement il utilise le schéma dont je viens de parler, mais il manque tellement d'originalité que n'importe qui aurait pu écrire l'histoire à la place de l'auteur.
Donc. La huitième porte met en scène Elio, le fils du héros et de l'héroïne des tomes précédents, qui très étrangement ont fini par se marier. Il vivait heureux jusqu'au jour où des créatures inconnues attaquent et détruisent son village (c'est d'une originalité, je sais). Forcé de s'enfuir, séparé de ses parents (c'est toujours aussi original), il trouve refuge dans une maison mystérieuse, à laquelle il ne comprend goutte, jusqu'à ce qu'un vieil ami l'emmène et le garde à l'abri quelque temps ; période de repos qui hélas de ne dure guère, puisque bien vite, du haut de ses neuf ans, Elio va devoir prendre en main son destin et user de son héritage pour réussir, seul, là où ses ancêtres ont jadis échoué : vaincre l'Autre, un ennemi tout-puissant, une bonne fois pour toutes (eh oui, on est toujours dans l'originalité la plus suprême).
Les bases, ou plutôt, les stéréotypes posés, le récit rencontre quelques autres problèmes. Notamment un début trop rapide, sans présentation de la vie quotidienne des personnages (au final on ignore ce qu'Elio a perdu exactement), suivi d'une attente trop longue durant laquelle il se passe rien hormis des portes ouvertes au hasard. Le lecteur est censé déjà connaître les lieux, mais Elio pas, donc si on se place de son point de vue, on ne comprend magnifiquement rien, et les explications ne se décident pas à venir. Finalement on suit une intrigue qui commence sur le tard, après un début d'un linéaire lénifiant...
L'intrigue se poursuit de la façon la plus classique qui soit. Le héros apprend son destin et l'assume, puis il prend ses décisions à la surprise générale, et a finalement raison. Il se déplace du point A au point B, puis du point B au point C. Chaque fois, il découvre un indice qui lui indique la prochaine direction à prendre. Finalement il se retrouve face à un choix terrible, qu'il prend facilement lors d'un passage aussi émouvant et angoissant qu'une tondeuse à gazon.
Les personnages, malheureusement, ne relèvent guère le récit. Si Rafi a sans doute joué un rôle prédominant dans les tomes précédent, il s'efface bien vite dans le cas présent ; d'autres tels qu'Elise, Barthélémy, ou Eryn ne sont pas du tout développés alors qu'on aurait pu s'y attendre, ce qui est très décevant ; d'ailleurs, plusieurs d'entre eux jouent un rôle de deus ex machina particulièrement agaçant, puisque ça donne des roulettes au héros...
Héros dont on ne sait trop que penser, sinon que, héritage des Sept Familles ou non (détrompez-vous, on n'est pas dans le jeu de cartes, même si j'y ai aussi pensé...), il n'agit pas comme un garçon de neuf ans. Bien sûr on n'arrête pas de nous ressasser qu'il est unique, exceptionnel, et que c'est inhabituel et blablabla, OK OK on a compris, mais il n'en reste pas moins que son côté responsable, ses instincts et autres ne peuvent être expliqués par ses pouvoirs (dont la seule présence le rend un peu trop puissant, on dirait bien). N'empêche, c'est un héros singulier, qui n'a aucune personnalité, à la fois commun et unique, déroutant de toute façon, mais pas forcément en bien, au contraire même.
Et on ne dira rien sur Nathan et Shaé qui sont carrément réduits à un rôle de potiches, dont les apparitions se résument au début et à la fin, avec un milieu qui lui aussi exsude l'originalité.
Au niveau de l'écriture, Pierre Bottero continue d'avoir la maîtrise, et semble même rechercher un style personnel ; hélas, ses essais vont plutôt dans le mauvais sens, avec un abus de ces fameux passages où les phrases courtes succèdent aux retours à la ligne, toujours organisées par groupes de trois éléments, ce qui finit par se remarquer dès lors qu'il y en a trop. Et si cette tournure avant tendance à faire le charme du Pacte des Marchombres, dans l'Autre, utilisée à l'excès, elle plombe le récit...
Bref, cet avis bien sûr ne tient qu'à moi. Je lirai quand même les deux tomes précédents, si je les trouve à la biblio, pour voir s'ils me confirment dans cette triste impression, mais je ne suis pas particulièrement optimiste...
Extrait
Alors que le regard de l'Inspecteur s'approchait de lui, Elio perçut le déchirement d'un voile dans son esprit.
Les Helbrumes vivent dans les confins de Mésopée. Dépourvus de forme et d'âmes, ils prennent corps par la force du Pouvoir. Voués au mal et à l'obéissance servile, ils sont les serviteurs des causes noires. Dans la hiérarchie de l'ombre, ils sont la lie, les laquais. Les Helbrumes possèdent un cerveau frustre et sont incapable d'effectuer des projets à long terme. Ils apprennent en revanche très rapidement et cette caractéristique, ajoutée à leur don de mimétisme et à leur puissance physique, fait d'eux de redoutables adversaires.
Le Helbrume posa les yeux sur Elio. Avec un grognement inhumain, il se précipita en avant. Elio le vit arriver sur lui à une vitesse folle et réagit sans réfléchir. Alors que le Helbrume n'était plus qu'à deux mètres, il souleva sa table avec une force qu'il ne soupçonnait pas et la jeta sur lui.
Le Helbrume la reçut en pleine poitrine et s'effondra, entraîna dans sa chute un groupe d'élèves qui hurlaient.
Sans attendre, Elio ouvrit la fenêtre.
La classe se trouvait au premier étage du premier.
Au-dessous, le béton de la cour.
Dur et sans pitié.
Elio sauta.
L'Autre – la huitième porte
Pierre Bottero
Rageot
Extrait pp. 112-113